La clé des champs
Appliquée à une superficie de 750 hectares, la mise en place d’une gestion durable des espaces verts à Toulouse assurera la protection de la faune et de la flore en milieu urbain.
Espaces verts
Appliquée à une superficie de 750 hectares, la mise en place d’une gestion durable des espaces verts à Toulouse assurera la protection de la faune et de la flore en milieu urbain.
Concilier usages humains et respect de l’environnement. Tel est l’objectif de la mairie de Toulouse. Depuis 2008, l’entretien des espaces verts se pense au cas par cas. Cette gestion dite « différenciée » consiste à analyser les fonctions de chaque site afin d’adopter des pratiques adaptées aux besoins des utilisateurs. Ainsi, un terrain de jeux plébiscité par les enfants sera tondu régulièrement. De même, un rond-point sera suffisamment entretenu pour ne pas gêner la visibilité des automobilistes. Par contre, un gazon peu fréquenté pourra laisser place à une nature luxuriante, propice à l’installation de criquets, papillons et fleurs sauvages.
Diversité des paysages
L’enjeu de cette nouvelle approche vis-à-vis de la biodiversité ?
Reconstituer des écosystèmes fonctionnels. L’exemple le plus frappant ? L’installation de prairies urbaines au bord des routes (quartier des Pradettes, Reynerie...), au cœur des parcs (Grande Plaine , jardin du Barry...) ou dans les zones vertes (Marcaissonne, Pech David...). Ces prairies sont obtenues en supprimant les tontes rapprochées, évitant ainsi l’interruption du cycle naturel (laisser pousser l’herbe permet la floraison, la montée en graine et donc la dissémination naturelle des espèces). Coquelicots, bleuets, nigelles et autres fleurs des champs peuvent ainsi s’épanouir, attirant insectes pollinisateurs, papillons et oiseaux des champs.
Pour autant, la restauration de la biodiversité nécessite d’aller plus loin. Urbanisation massive, mécanisation excessive et interventions indifférenciées ont contribué à uniformiser les paysages. Or, uniformité et diversité ne font pas bon ménage... Il s’agit donc de recréer un milieu équilibré associant prairies, haies champêtres et boisements. Ainsi, les petits animaux bénéficieront de ressources alimentaires complémentaires et de nombreux abris (cavité d’un arbre, enchevêtrement arbustif, prairie dense).
Des pratiques écologiques
Autres objectifs de cette gestion plus réfléchie des espaces verts : la consommation raisonnée des ressources naturelles.
L’arrosage nocturne des gazons et la disposition d’un paillis au pied des arbustes avec des copeaux de bois limitent l’évapotranspiration. De même, réduire les tontes permet d’économiser du carburant. Autre impact conséquent sur l’environnement et sur la santé des Toulousains : la réduction des risques de pollution. Exit insecticides. Place aux coccinelles, chrysopes, chauve-souris et autres prédateurs naturels des nuisibles.
L’entretien des espaces verts permet aussi d’agir sur des ennemis méconnus de la biodiversité : les espèces invasives. L’utilisation de végétaux exotiques (acacias, budlleya, bambous, pyracanthas...) pour embellir les jardins est lourde de conséquences. Leur prolifération rapide se fait au détriment de la flore indigène. Ils perturbent également la faune locale qui, ne reconnaissant pas ces plantes étrangères, n’y trouve ni abri où nicher, ni baies à picorer. C’est pourquoi, les arbustes régionaux, arbres de la forêt et certaines variétés fruitières locales sont désormais privilégiés (comme par exemple dans les vergers de Pech-David). Adaptées au climat et aux conditions géologiques de la région, elles exigent peu d’eau et peu de soins. Reconnues par la faune indigène, elles s’inscrivent naturellement dans le système d’échanges entre espèces.
Canal du Midi : restauration d’un corridor écologique
Pari à relever ? Rendre au canal du Midi sa fonction de corridor écologique. L’enjeu est de taille. Si les espèces pouvaient emprunter ce passage, les échanges seraient rétablis entre le centre-ville et l’est de Toulouse, mais aussi entre le nord et le sud de la commune. L’idée est donc de restaurer un paysage champêtre au cœur de la ville. Les joggers du dimanche adeptes des berges y ont certainement observé quelques modifications. Désormais, les herbes poussent librement jusqu’à floraison pour attirer insectes, oiseaux et libellules ; les feuilles mortes échouant dans les talus ne sont plus ramassées afin de préserver des abris pour les insectes et les micro-organismes ; l’usage des herbicides est proscrit... Cependant, les pistes cyclables sont nettoyées, les ronces coupées le long des chemins, les branches dangereuses taillées pour éviter les blessures. Résultats ? Déjà, une prairie humide et de jeunes arbres (saules, aulnes, ormes) ont commencé à s’installer le long des berges. Le plan de gestion consiste désormais à accompagner cette évolution en privilégiant la strate herbacée, en supprimant les espèces invasives et en maîtrisant les arbustes.
La Grande Plaine : une association de milieux naturels
Le site de la Grande Plaine (près de la Cité de l’espace) illustre la volonté municipale de refaire vivre plusieurs milieux naturels connectés les uns aux autres afin de reconstituer des écosystèmes dynamiques. Ainsi une haie champêtre sur 2,5 km constitue un corridor naturel pour les oiseaux, les rongeurs et les insectes. À quelques mètres de là, 1’600 arbres viennent d’être plantés pour devenir un jeune boisement de 1,5 hectares composé de chênes, charmes et érables. Prochaine étape ? Revaloriser la zone humide voisine, abri privilégié des batraciens et poules d’eau. Haie champêtre, bois urbain, zone humide... À terme, une association de ces paysages construits devrait favoriser l’installation d’une faune et d’une flore diversifiées tout en créant un nouveau poumon vert près du centre-ville.
Pech-David : plantation de vergers pédagogiques
Renouer avec des pratiques traditionnelles, retrouver des saveurs oubliées, attirer insectes et oiseaux... Telles sont les vocations de deux vergers nouvellement créés dans le quartier de Pech-David. Pommiers, poiriers, figuiers, amandiers, abricotiers, cerisiers... près de 180 jeunes arbres ont été plantés avec les enfants des écoles voisines. Ils permettront une production de fruits échelonnée tout au long de l’année, la réintroduction de variétés disparues et la préservation d’un patrimoine culturel et génétique diversifié. Par ailleurs, en partenariat avec les associations Renova et Solagro (1), des ateliers thématiques seront organisés pour faire de ces vergers des lieux de partage, de connaissance et de savoir-faire.
(1) Ces associations œuvrent pour le maintien des variétés régionales anciennes.
Pour en savoir plus
Extrait audio : AToulouse Avril, pages 18 et 19. Dossier : biodiversité. La clé des champs.






