Christophe Ghristi, directeur du Théâtre du Capitole
Christophe Ghristi, le nouveau patron du Théâtre du Capitole, a pris ses fonctions à la rentrée 2017 avec pour mission de conforter la place de Toulouse en tête des meilleures scènes lyriques européennes.

Entre les murs épais du Théâtre du Capitole, Christophe Ghristi se sent comme chez lui. Il en connaît tous les recoins, tous les secrets, toutes les richesses et les anecdotes. À 48 ans, le cannois  a retrouvé une maison qu’il connaît parfaitement pour y avoir travaillé aux côtés de Nicolas Joël en tant que dramaturge, de 1995 à 2009. Un retour aux sources? "Je parlerais plutôt d’un retour aux origines. C’est là où j’ai vraiment appris mon métier et le répertoire", précise-t-il. En le nommant directeur artistique, le Maire Jean-Luc Moudenc a voulu "conforter la place de Toulouse en tête des meilleures scènes lyriques et chorégraphiques de France".

Depuis le 1er septembre 2017, le nouveau directeur a pris en charge une équipe de 300 personnes, regroupant le Ballet et le Chœur du Capitole, les services administratifs et techniques (ateliers de décors et de costumes notamment). Sa mission : impulser une nouvelle dynamique. Un challenge comme il les aime. "Mon ambition est d’en faire une très grande maison d’opéra, tout en gardant son humanité. On a la chance ici de faire de l’artisanat d’art de très haut niveau car le Capitole a su garder ses savoirs, ses ateliers et ses talents. C’est ce qui nous distingue des autres."

Le levier des émissions musicales

Christophe Ghristi n’aurait jamais dû rencontrer l’opéra. Il s’était programmé un destin d’enseignant. La musique ? Ses parents n’étaient pas mélomanes et ne l’emmenaient jamais au spectacle. Le déclic est venu par la télévision. "C’est grâce au service public et à des émissions comme le Grand Échiquier, Apostrophe ou le Cinéma de Minuit que j’ai découvert l’art et la culture. C’est là, sur le petit écran, que j’ai rencontré la musique. C’était incroyable d’avoir des monstres sacrés comme Karayan, Horrowitz ou Rostropovitch en prime time. Cela a changé ma vie." Une passion qui ne s’est jamais démentie.

Après des études en lettres modernes à Normale Sup, il commence à enseigner en banlieue parisienne, tout en signant des piges pour Opéra International, puis pour Diapason. "Un jour, on m’a présenté à Nicolas Joël, qui cherchait un dramaturge à Toulouse, j’y ai travaillé pendant 14 ans avant de le suivre à l’Opéra de Paris."

Retour des artistes français

Aujourd’hui, huit ans après avoir quitté la ville rose, il est de retour en maître des lieux avec un projet ambitieux. Au-delà de son indéniable talent artistique, cet homme brillant et chaleureux apporte au Capitole son réseau personnel d’artistes qu’il a côtoyé à Toulouse et Paris. "Ce qui a manqué ces dernières années au Théâtre du Capitole et au public, ce sont les grands artistes français. Je pense qu’il faut préparer leur retour et aussi faire entendre des jeunes qui ont récemment émergé. Tous sont extrêmement preneurs de venir ici car ils savent que c’est une maison à taille humaine, avec un socle très fort." Porteur d’une volonté de modernisation et d’une exigence de qualité, il affirme vouloir proposer davantage de productions : six sont annoncées pour la saison 2017-2018, huit pour la saison suivante. Comment envisage-t-il ses nouvelles fonctions ? "Chacun a sa façon de faire. Pour ma part, je ne laisserai pas carte blanche au metteur en scène. Dans chaque forme d’art, il y a des contraintes. J’ai envie de pouvoir assumer les spectacles que je présente et donc naturellement je discuterai de manière très serrée avec les metteurs en scène. On ne peut pas laisser tout faire et montrer n’importe quoi."

Parmi ses innombrables chantiers, l’action culturelle et la médiation. "Je suis vraiment passionné par la pédagogie. Il est fondamental pour un directeur d’institution culturelle de prendre son public au sérieux et de lui donner ce qu’il y a de meilleur. Pour cela, il faut lui expliquer ce qu’on fait et l’amener dans les meilleures conditions possibles vers des œuvres qu’il n’aurait peut-être pas considéré de prime abord". Sa recette pour attirer de nouveaux publics passe par les réseaux sociaux et un travail de terrain en direction des grandes écoles, des universités mais aussi des starts-up. "Je vais prendre mon bâton de pèlerin et leur montrer que l’opéra n’est pas un univers compassé. Nous faisons des choses impressionnantes notamment avec les nouvelles technologies". Élargir et renouveler le public fait donc partie de ses nouvelles attributions. Difficile quand l’opéra est souvent taxé d’élitiste. "C’est en effet le pire procès qu’on puisse lui faire. C’est vraiment de la calomnie. Je suis pour l’élitisme pour tous. Soyons élitiste pour tout le monde et avec tout le monde. La qualité me semble la chose la plus importante. La qualité et la hauteur de vue".