Les oeuvres de la ligne B du métro toulousain

La deuxième ligne du métro de Toulouse, intitulée ligne B, comprend 20 stations. Pour chacune de ces stations, une commande publique a été passée auprès de 20 artistes ou groupes d'artistes d'envergure.

Afin d'assurer la représentativité des différentes tendances de l'art contemporain, à travers un ensemble cohérent, les vingt marchés de la ligne B ont fait l'objet d'un seul avis d'appel à la concurrence et d'un règlement commun aux concours. Après désignation des artistes lauréats pour chacune des stations, une étude de faisabilité technique, issue de la concertation entre l'artiste et l'architecte, a permis à la maîtrise d'œuvre d'intégrer la mise en exécution de l'œuvre d'art dans le cadre du planning général des travaux. L'artiste a conservé, après concertation avec l'architecte et le maître d'ouvrage, une totale responsabilité de la conception.

La ligne B s'inscrit dans la continuité de la ligne A, inaugurée en 1993, pour laquelle 18 artistes reconnus avaient déjà réalisé une œuvre dans le cadre de la commande publique, ce qui fait du métro de Toulouse un réseau dans lequel l'art contemporain tient une place de première importance.
L'architecture globale de la ligne B se définit par la mise en volume des espaces, la lisibilité des parcours, la lumière, l'intégration des œuvres d'art et le design. Ces caractéristiques permettent de s'approprier l'espace public du métro comme un espace fonctionnel mais également comme une source possible de plaisir et de poésie. Susciter un dialogue entre les œuvres d'art et les lieux est un des concepts fondateurs du projet.
La spécificité de cette commande publique pour la ligne B est que les artistes ont été associés aux stations dès leur conception architecturale. Ce procédé favorise un lien efficace entre les œuvres et l'architecture des stations. De plus, il était demandé à tous les artistes d'intégrer dès la conception de leur œuvre deux matières fondamentales : le verre et la lumière.

Mémo ligne A

Inaugurée en 1993, cette ligne, ainsi que les trois stations de son prolongement, avaient déjà été l'occasion d'une intégration d'œuvres d'art dans chacun de ses arrêts. Dix-huit artistes de renom avaient ainsi investi les stations de cette première ligne de métro (Béate Honsell-Weiss, Guy-Rachel Grataloup, Takis, Daniel Coulet, Dimitry Orlac, Jean-Paul Chambas, Hervé et Richard Di Rosa, Olivier Debré, Noël Cuin, François Morellet, François Bouillon, Guilio Paolini, Felice Varini, Bernard Gerboud, Jean-Louis Garnell, Damien Cabanes, Jacques Vieille, Jean-Michel Othoniel).

 

Le métro n'est pas un espace public comme les autres. Outre les contraintes techniques particulières qu'il impose, sa fonction et son usage en font l'outil du lien par excellence. Au-delà de la performance technologique, il opère un mélange social, de nationalités, de cultures, de générations. Chacune de ces populations entretient avec le métro une relation quotidienne qui s'enrichit de l'accumulation des signes et des symboles de la vie urbaine. Devant la complexité de la toile ainsi tissée s'impose la nécessité de donner un sens à ces lieux. La rencontre avec l'œuvre offre à l'usager la possibilité d'une lecture poétique et sensible des signes qui l'entourent mais, bien entendu, comme à chaque fois que des œuvres sont confrontées à l'espace public, leur pertinence est éprouvée, parfois délaissée, parfois niée. Il n'en reste pas moins qu'elles engagent d'incontestables enjeux d'ordre esthétique, social, urbain, politique.
Outre le fait qu'elle doit s'intégrer dans un lieu de passage, elle doit s'accorder aux intentions et objectifs du maître d'ouvrage, l'œuvre doit également refléter l'identité artistique de son auteur.
L'ambition des commandes publiques des lignes A et B est en effet d'offrir aux usagers du métro de Toulouse un ensemble cohérent, varié et représentatif de la création visuelle contemporaine.

Les artistes :

  • Jean-Pierre Bertrand, station Ramonville
  • Claude Caillol et Judith Bartolani, station Rangueil
  • Sophie Calle, station Jeanne d'Arc
  • Patrick Corillon, station François Verdier
  • Daniel Dezeuze, station Empalot
  • Monique Frydman, station Saouzelong
  • Nicolas Herubel, station Saint-Agne SNCF
  • Groupe Irwin, station Palais de Justice
  • Alain Josseau, station Borderouge
  • Julije Knifer, station Jean Jaurès
  • Ange Leccia, station Compans Caffarelli
  • Jean-Paul Marcheschi, station Carmes
  • Didier Mencoboni, station Faculté de Pharmacie
  • Olivier Mosset et Damien Aspe, station Minimes
  • Roman Opalka, station Université Paul Sabatier
  • Daniel Pommereulle, station Canal du Midi
  • Corinne Sentou, station La Vache
  • Pierrick Sorin, station Trois Crocus
  • Bernar Venet, station Barrière de Paris
  • Michel Verjux, station Saint-Michel

 

Jean-Pierre Bertrand - Station Ramonville

Se basant sur l'orientation Est/Ouest et sur la situation semi-enterrée de la station, ce qui permet aux rayons du Soleil de pénétrer le matin et le soir jusqu'aux quais, l'œuvre s'adresse directement aux usagers qui se rendent à leur travail le matin et qui rentrent le soir chez eux.
La station est traversée sur le dessus par un axe routier qui renforce cette bipolarité de la station autour d'une journée solaire : pôle Est le matin, pôle Ouest le soir.
Les baies vitrées du fronton, qui mesure 18 mètres de large et trois mètres de haut, sont colorées par un jaune ambré. La longueur des baies est variable d'un panneau à l'autre, selon le principe suivant :
L'ordonnance des différentes longueurs de panneaux vitrés est en rapport avec le lieu lui-même puisque une valeur numérique, correspondantes à la longueur de la baie, est attribuée aux lettres qui composent le nom de la station, d'après leur rang dans l'alphabet.


Claude Caillol et Judith Bartolani - Station Rangueil

La proposition artistique de Claude Caillol et Judith Bartolani pour la station Rangueil est en deux parties :
Sur la verrière sont apposées les représentations de sacs plastiques courants, appartenant à différentes marques, à la différence près qu'ils sont dénués de mots : plus de marques, plus de slogans… le sac est transformé, méconnaissable. Reste l'image, que le passant peut ou non reconnaître, comme un signe de son quotidien. Les sacs sont transparents, visibles sur leurs deux faces, comme un vitrail contemporain.
Deux « sculptures de jardiniers », présentées dans le jardin de station, viennent compléter le dispositif.
« En dehors d'un regard d'ethnologue, d'une curiosité sociologique, nous devons revisiter notre cadre de vie, pour comprendre comment ce lien immatériel peut faire de l'énergie des sociétés industrielles une aventure spirituelle. » Judith Bartolani et Claude Caillol


Sophie Calle - Station Jeanne d'Arc

Sophie Calle utilise pour cette station les messages personnels rédigés par des usagers de transports en commun qui font état de rencontres manquées, et publiés dans différents journaux : « lundi 19/02 17 heures, ligne 91, vous vous êtes retournée. gare de lyon@caramail.com », etc.
Ils sont retransmis sur des écrans de télévision placés sur le quai. Un clavier placé dans un renfoncement sur le quai permet à ceux qui le souhaitent d'y ajouter quasiment en temps réel leurs propres messages.
Pendant l'attente sur le quai, les usagers peuvent lire les récits de ces rencontres qui n'ont pas eu lieu, les regrets, les espoirs… Le fait que les usagers de cette station puissent ajouter leur propre message crée la possibilité d'ajouter une rencontre réelle à la rencontre ratée, de garder un flou entre messages en mémoire et messages en attente.
À l'entrée de la station, un panneau indique l'adresse du site Internet où il est possible de laisser des messages.


Patrick Corillon - Station François Verdier

Pour Patrick Corillon, l'usager, en descendant sous terre pour pénétrer dans la station de métro, est amené à retrouver ses racines, et, en quittant la lumière du jour pour le noir, il retrouve « cette obscure clarté qui éclaire les grandes questions de l'humanité ». Il évoque à ce sujet l'imaginaire des enfants à propos de la cave : un lieu situé sous la maison, sombre, effrayant, mais qui contient en lui toutes sortes d'objets, à priori peu, pas ou plus utilisés, mais qui peuvent être le point de départ de beaucoup d'histoires.
L'histoire imaginée et mise en scène par Patrick Corillon pour la station Verdier est basée sur la mémoire des périodes de guerre réelles. Il a représenté un arbre imaginaire, dont la hauteur s'étend sur les trois niveaux de la station, et qui s'enracine au niveau du quai.
Au niveau -1, des moulages en plâtre de fragments de l'arbre sont contenus dans des boîtiers en verre, reliés visuellement entre eux par le dessin transparent du contour de l'arbre qui contraste sur les parois de verre sablé.
Au niveau -2, les fragments sont figurés par des frottages au crayons de l'arbre derrière des parois de verre transparent. Plus on descend vers le niveau –3, plus le trait de crayon est intense.
Au niveau -3, c'est-à-dire au niveau du quai, la base du tronc est figurée en carrelage noir sur lequel se trouve gravée l'histoire de l'arbre : « Les Mallandiers sont des arbres qui naissent creux et que l'on trouve essentiellement sur les décombres des champs de bataille. Une légende veut qu'ils poussent là où les soldats morts au combat ont rendu leur dernier souffle. En vieillissant, les Mallandiers mettent tout en œuvre pour se refermer sur leur creux. Mais cela ne se fait pas sans mal, car les anciens combattants ne veulent pas perdre l'habitude d'y enfoncer la tête pour crier toutes les horreurs rencontrées à la guerre. »
L'origine des fragments de l'arbre est indiquée par des légendes évoquant des endroits en Europe ayant réellement connu la guerre.
Exemple : « moulage d'un fragment de Mallandier retrouvé le 6 mai 1954 à Verdun. »
Un renfoncement dans le tronc permet d'y installer un banc qui peut accueillir jusqu'à trois personnes.

« Je voudrais donner le sentiment d'une mémoire qui se recompose : plus on descend dans la station, plus l'arbre prend forme, jusqu'à ce qu'on lise l'histoire, et là, l'arbre prend sens. Je veux placer mon arbre imaginaire au service d'une prise de conscience de la réalité des faits. »
Patrick Corillon


Daniel Dezeuze - Station Empalot

A la station Empalot se trouve le puits le plus profond de la ligne B du métro. Le fait de descendre en profondeur peut donner à l'usager la sensation d'un milieu hostile.
Partant de ce constat, Daniel Dezeuze a souhaité accompagner les usagers tant dans la descente que dans la montée par un signe visuel fort, en installant le long du puits 6 échelles hélicoïdales lumineuses, formées par des néons de couleur vive qui insufflent de la vitalité et une atmosphère de gaieté dans la station.
En traversant tous les niveaux, elles accompagnent l'usager tout au long de son trajet dans la station et, en dépassant un peu en hauteur, signalent également la position de cette station.
La forme des échelles est une allusion à la représentation de l'ADN mais sans référence à des codes génétiques humains spécifiques : la numérotation attribuée par le titre va de 1 à 6, soit le nombre des échelles.
Cette forme peut aussi évoquer la calligraphie. Quant à la répétition formelle, elle n'est pas sans évoquer le baroque de certaines « pattern paintings ».


Monique Frydman - Station Saouzelong

Le projet de Monique Frydman est d'investir l'ensemble de la salle des billets de la station Saouzelong par une intervention ciblée sur deux parties :
Sur le mur courbe du fond de la salle est réalisé un triptyque de verre, 7 x 6,70 mètres, peint de façon abstraite, fluide, en transparence, avec des lignes courbes entrelacées.
Monique Frydman a souhaité que la paroi reste la plus légère possible, le regard de l'usager ne doit pas s'y arrêter, mais doit être porté vers la couleur et la lumière.
Sur les verrières zénithales sont posés des verres colorés jaunes et roses de différentes nuances, l'ensemble produisant un effet de vibration visuelle de ces couleurs chaudes. Les lumières zénithales ainsi colorées diffractent sur les murs, formant des halos lumineux dans l'ensemble de la salle des billets. Cette dispersion de la couleur crée une atmosphère colorée, gaie et lumineuse dans toute la station.


Nicolas Herubel - Station Saint-Agne SNCF

Le projet est installé au fond de la salle des billets face à l'entrée. Il est composé de quatre scènes. Le premier « tableau » est formé par un écran de verre dépoli encadré dans un miroir. Une échelle et un tricycle apparaissent en surimpression. Juste à côté se trouve le deuxième « tableau » : le plan du quartier au dos d'un verre dépoli. Vient ensuite un miroir concave, déformant, sur lequel apparaît un cerf-volant en verre thermoformé. La quatrième scène reprend le principe de l'écran, cette fois de taille panoramique, avec en incrustation l'image d'un vélo.
Ces quatre tableaux peuvent aussi être vus comme quatre instants d'une même scène, selon l'humeur et le contexte dans lequel est plongé celui qui les regarde. L'étrangeté de ces scènes, leur décalage avec le quotidien de cette salle des billets en fait une vitrine poétique dans la station.


Groupe Irwin - Station Palais de Justice

L'intervention du Groupe Irwin est constituée de quatre tapis en résine, mesurant 4 x 3 mètres chacun, alignés deux par deux, et provenant de quatre cultures différentes. L'ensemble forme un grand rectangle, sur lequel apparaissent, les uns au-dessus des autres les mots Liberté, Égalité, Fraternité, Palais de Justice.
La Justice est en effet l'institution chargée d'assurer la mise en pratique et le respect des trois principes fondamentaux de la constitution française.
L'ensemble est placé sur le mur qui fait face à l'escalier, et est reparti sur deux niveaux.
Le choix d'un matériau comme le tapis s'est fait pour plusieurs raisons : il évoque le sol, le domicile, mais aussi le mouvement (si l'on songe au mythe du tapis volant). La diversité culturelle des quatre tapis évoque également celle des usagers du métro.
La dimension esthétique de cette installation est clairement assumée : les tapis sont beaux, de bonne qualité, et l'ensemble forme un tableau chatoyant.


Alain Josseau - Station Borderouge

Alain Josseau a pris pour point de départ la représentation graphique en trois dimensions du son lorsque les mots « ici » et « là » sont prononcés.
La forme qui en résulte est présentée dans un caisson de verre et d'acier noir en demi-lune, accroché au mur de la salle des billets. Le sonogramme évoque la forme d'un paysage, avec ses combes, ses montagnes, ses plaines, ses plateaux.
A l'extérieur de la station, sur le mail d'accès qui traverse le parking, un tube en acier, dont certains portions sont transparentes, mesurant 300 mètres de long et perché sur des pieds à 5 mètres de hauteur, signale la station. Il est parcouru par un rayon lumineux rouge qui n'est visible qu'à travers les parties transparentes. Les intervalles entre ces parties sont calculées selon la suite de Fibonacci.
Le tube, intitulée « now », fait le lien, comme un mètre étalon mesurant la vitesse de la lumière entre le « ici » et le « là ».
À noter : c'est le seul artiste de la ligne B qui investit à la fois l'intérieur et l'extérieur de la station.


Julije Knifer - Station Jean Jaurès

L'œuvre est une grande fresque abstraite composée de 11 panneaux de 2,05 x 2,80 x 0,20 mètres confrontant des éléments blancs et noirs, selon le principe du méandre propre à Julije Knifer. Ce tableau est composé de trois triptyques et d'un diptyque.
Dans l'ordre de gauche à droite :
Triptyque : suite de trois panneaux – variante structurelle basée sur l'expression de l'élément blanc de 45 cm de large.
Triptyque : suite de trois panneaux – variante structurelle basée sur l'expression de l'élément blanc de 40 cm de large.
Triptyque : suite de trois panneaux – variante structurelle basée sur l'expression de l'élément blanc de 45 cm de large, identique au premier.
Diptyque : suite de deux panneaux – variante structurelle basée sur l'expression de l'élément blanc de 40 cm de large.


Ange Leccia - Station Compans Caffarelli

Introduire une lumière vivante dans la station, et qui soit sensible à son animation du moment, tel est le souhait d'Ange Leccia.
Dressés à la verticale entre les escaliers et les escalators, deux panneaux de lumière artificielle mais proche de la lumière naturelle réagissent aux mouvements de la station. Placés chacun sur un quai, en vis-à-vis, ils répondent aux déplacements des usagers et au fonctionnement des escalators et des rames sans pour autant copier l'empressement des individus ni adopter le rythme saccadé des machines. Ils se veulent au contraire apaisants et diffusent une lumière harmonieuse et douce.
L'un des panneaux est animé d'un mouvement ascendant, comme si la lumière s'élevait du sol vers le ciel, tandis que l'autre dispose d'un mouvement descendnt, tel un puits de lumière ouvert dans la station depuis l'extérieur.
La vitalité de la lumière dont chaque individu a naturellement besoin est ainsi rendue, des premières heures du jour aux dernières, avec toutes les variations qu'entraînent les nuages ou les intempéries.
Lorsque les usagers s'éloignent de ces sources lumineuses, elles en gardent la marque, empreinte légère de leur passage.
Les usagers ne sont plus seulement spectateurs de l'œuvre, ils la conditionnent et recréent jour après jour, collectivement, l'espace de leur quotidien.


Jean-Paul Marcheschi - Station Carmes

Jean-Paul Marcheschi a réalisé un vitrail de 500 mètres carrés à partir d'une œuvre originale alliant la cire, la suie et des écritures noires et rouges, évoquant un planétarium imaginaire de 35 mètres de long par 14 mètres de large.
La verrière est assemblée à partir de « séquences » au format A4, format sur lequel Jean-Paul Marcheschi s'exprime habituellement.
Située au-dessus des escaliers roulants, cette voûte suppose une lecture dans l'espace et le temps du voyageur, qui est invité à déchiffrer les signes au rythme de sa progression dans la station.


Didier Mencoboni - Station Faculté de Pharmacie

Disposées sur une paroi verticale perforée, de grosses billes de verre translucides et colorées réfléchissent la lumière filtrée par les verrières et l'œil-de-bœuf de la station.
L'ensemble forme un tableau exprimant à la fois l'éclatement et le regroupement.
La rondeur des formes vient adoucir les lignes droites du métro et les trajectoires rectilignes des passagers.


Olivier Mosset et Damien Aspe - Station Minimes

Le monochrome définit l'intervention minimale des artistes Olivier Mosset et Damien Aspe. Dans la salle des billets, le mur du fond est peint en orangé, le plafond en bleu pastel, teintes qui évoquent les années disco. Au niveau de la mezzanine, le même principe et les mêmes couleurs sont appliqués mais ces dernières sont inversées : le mur devient bleu, le plafond orangé.
Le choix des couleurs est donc primordial. Il tient à l'histoire même de la ville de Toulouse et à l'omniprésence de la brique qui lui vaut le surnom de Ville Rose. Leur inversion correspond à la double direction des voies.
L'architecture extérieure et le niveau des quais sont intentionnellement laissés en l'état, la première étant considérée comme une œuvre en soi et le second comme un lieu technique, où le métro est tout ce qui accapare l'œil et l'attention des voyageurs.
Encore une fois les artistes jouent sur le nom de la station en proposant une œuvre minimale pour les Minimes.


Roman Opalka - Station Université Paul Sabatier

L'œuvre présentée par Roman Opalka à la station Université Paul Sabatier apparaît comme une grande toile peinte sur le mur du fond de la salle des billets. Le fond de cette toile est noir dans sa partie supérieure et s'éclaircit de plus en plus dans sa partie inférieure, passant du noir à différentes teintes de gris et arrivant presque au blanc.
Une pyramide de chiffres blancs se trouve au centre du tableau. Sur la première ligne figure le chiffre 1, sur la seconde, deux fois le chiffre 2, sur la troisième, 3 fois le chiffre 3 et ainsi de suite jusqu'à la huitième ligne où apparaît huit fois le chiffre 8. La septième ligne est barrée d'un rai de lumière puissant.
Emblématique de la démarche artistique de Roman Opalka, cette œuvre nous interroge sur la durée de l'existence humaine. Œuvre existentialiste, entre sciences et philosophie, elle fait le lien entre l'espace de la station et l'université proche, lieu des savoirs, des mathématiques et de la rationalité.


Daniel Pommereulle - Station Canal du Midi

Quatre murs aux dimensions monumentales sont dévolus au projet de l'artiste qui y associe différents matériaux nobles : verre, cuivre, porcelaine, ardoise, bronze et marbre rouge évoquent la chaleur et la lumière de Toulouse. Des films colorés sont intégrés dans le verre, utilisés sur la tranche. Une armature en métal permet de fixer ces matériaux.
Le Canal du Midi passant au-dessus de la station, le choix du verre s'est imposé à l'artiste pour sa transparence et sa ressemblance avec l'eau.


 

Corinne Sentou - Station La Vache

Pour la ligne B du métro toulousain, Corinne Sentou invente une salle des billets magique baignée par la lumière. Face à l'entrée de la station La Vache, une structure concave en acier inoxydable de forme cylindrique est rétro-éclairée. Sa surface miroitante percée de nombreux trous filtre une lumière de couleur rose. La notion de mur s'efface au profit d'un rideau de lumière qui intervient au moment même où le voyageur entreprend la descente vers les quais.


Pierrick Sorin - Station Trois Cocus

Un dispositif vidéo interactif permet aux usagers du métro de s'approprier la station Trois Cocus grâce au travail de Pierrick Sorin. Des caméras sont dissimulées derrière de petits miroirs. (Les individus participant à l'œuvre sont cependant tout à fait avertis, en raison du droit à l'image.) Les personnes qui se regardent dans ces miroirs voient leur visage numérisé subir un effet de morphing, c'est-à-dire se transformer progressivement en un autre visage, créant un portrait intermédiaire imaginaire. Dans le quart d'heure suivant la captation, les personnes ayant tenté l'expérience pourront visualiser le résultat sur les écrans répartis dans la station.
Il s'agit donc d'une œuvre ludique qui suppose la participation active des voyageurs au moyen de nouvelles technologies.
Ce dispositif se veut suffisamment lisible pour piquer la curiosité du plus grand nombre. La diffusion des portraits animés des voyageurs est intégrée sans rupture à une séquence existante qui se déroule en continu en l'absence d'interventions extérieures. Nous sommes donc en présence d'un visage qui se transforme sans cesse. Un nouveau rapport entre l'usager et le lieu est ainsi proposé.


Bernar Venet - Station Barrière de Paris

À noter : Bernar Venet est le seul artiste de la ligne B à proposer une intervention exclusivement extérieure à la station. Une sculpture métallique en acier corten se dresse à une hauteur de 25 mètres. Composée d'un socle et de deux arcs verticaux de taille différente se croisant dans leur partie la plus élevée, cette structure sera identifiable dans la ville depuis une grande distance.
Il s'agit de créer un repère visuel fort à l'entrée nord de Toulouse et d'encrer le métro dans la vitalité de la ville.
Le choix du matériau n'est pas anodin. L'acier corten, appelé également acier patinable ou auto-patinable, est une matière brute à la tonalité chromatique changeante. La présence de cuivre, de nickel et de chrome dans sa composition le protège contre la corrosion et assure la pérennité de l'œuvre.


Michel Verjux - Station Saint-Michel

Michel Verjux investit le hall d'accès de la station Saint-Michel et utilise pleinement sa forme conique inversé ouverte sur l'extérieur. Quatre projecteurs diffusent une lumière blanche proche de la lumière du jour au moyen de faisceaux également coniques. Un premier projecteur est fixé au plafond et dirige sa lumière vers le niveau des quais dans un côté du hall. À l'opposé, trois autres projecteurs placés côte à côte au sol éclairent le mur de façon ascendante. Ces lumières puissantes révèlent toutes les aspérités des surfaces éclairées.
Ces trois faisceaux sont perceptibles la nuit depuis la rue par les mêmes ouvertures qui laissent entrer la lumière naturelle dans la station aux heures du jour. Cette installation appuie donc la relation entre l'intérieur et l'extérieur développée par l'architecture de la station, insiste sur la matière des parois et place l'univers quotidien du voyageur sous les feux des projecteurs, au sens propre du terme.