Sciences et techniques #3 Le vitrail : la manufacture de vitraux Gesta

En 2018, partez chaque mois, à la découverte du patrimoine toulousain des sciences et techniques avec les Archives municipales, l'Atelier du patrimoine et l'Office de tourisme. Ce mois-ci, le vitrail : la manufacture de vitraux Gesta dans le quartier des Chalets.

Photo : Église du Gésu : verrières de Louis-Victor Gesta sur des cartons du peintre Bernard Bénezet, détail. Phot. Noé-Dufour, Annie (c) Ville de Toulouse ; (c) Inventaire général Région Occitanie, 2002

La lumière, symbole du divin

Faisant entrer la lumière dans un édifice religieux, symbole de la présence divine, le vitrail a une place à part dans l’histoire de l'art : il est fragile, facilement démontable et pourtant indissociable de l'architecture pour laquelle il a été créé. Ainsi, de nombreuses verrières ont disparu, emportées par les catastrophes ou les changements de mode.
Les premiers vitraux connus apparaissent en France à l'époque carolingienne (VIIIe-Xe siècles), mais l'apogée de cet art se situe pendant la période gothique.
La technique a peu évolué durant les siècles : le verre, teinté dans la masse, est découpé, puis peint et assemblé au plomb d'après un modèle grandeur nature appelé carton, adapté à la baie dans laquelle il doit s’insérer.

Une technique ancestrale marquée par un renouveau au XIXe siècle

Ancienne manufacture de vitraux Gesta, 25 janvier 1892. Vue de l'entrée de la manufacture prise depuis l'avenue. Ville de Toulouse, Archives municipales

< Ancienne manufacture de vitraux Gesta, 25 janvier 1892. Vue de l'entrée de la manufacture prise depuis l'avenue. Ville de Toulouse, Archives municipales, 26Fi591

Après une période de déclin aux XVIIe et XVIIIe siècles, le vitrail connaît un renouveau au cours du XIXe siècle : de nombreux édifices religieux sont restaurés ou nouvellement construits. Le goût de l'art médiéval et la mode du néo-gothique encouragent également cette tendance. La création de vitraux explose, bénéficiant d'une production industrialisée, voire standardisée, expliquant le désintérêt dont ont souffert pendant longtemps les vitraux de cette période.
Le Toulousain Louis-Victor Gesta illustre parfaitement cette ambivalence entre art et industrie - lui qui équipa, selon ses dires, plus de 8 000 édifices religieux - à l'image du château des Verrières, à la fois usine et musée.

Le castel Gesta : la demeure et la manufacture d'un maître-verrier du XIXe siècle

Castel Gesta : élévation sur le parc, détail. Phot. Friquart Louise-Emmanuelle, Krispin Laure (c) Ville de Toulouse ; (c) Inventaire général Région Occitanie, 2018

< Castel Gesta : élévation sur le parc, détail. Phot. Friquart Louise-Emmanuelle, Krispin Laure (c) Ville de Toulouse ; (c) Inventaire général Région Occitanie, 2018

En 1862, Gesta installe une manufacture de vitraux relativement modeste sur l'avenue Honoré-Serres. Le succès aidant, elle prend plus d'ampleur : les ateliers de dessins, de gravure, de peinture, de découpe et d'assemblage du verre rassemblent une centaine d'ouvriers. En plus des fours et des locaux techniques, la manufacture comprend aussi un vaste bâtiment, lieu d'exposition des plus belles verrières à destination des acheteurs, éclairé par de grandes fenêtres en arc brisé, bien entendu ornées de vitraux.
À l'intérieur, des peintures monumentales réalisées par le peintre Bernard Bénezet complètent le décor. Salle des Illustres avant l'heure, les vitraux et les peintures évoquent la gloire de Toulouse dans les sciences, les arts et la politique, dans des compositions empreintes de religiosité. Enfin vient le château, lieu d'habitation du peintre-verrier, véritable folie néo-gothique avec ses tours et ses baies aux pinacles flamboyants. Après de nombreuses années de déshérence, le château des Verrières est en cours de restauration.

 

Pour en savoir plus