Groupe Toulouse vert demain

Tribune parue dans le magazine municipal à Toulouse n°64, mai 2019.

Urbanisme : face aux promesses sur papier glacé, le bilan d’un mandat

Jean-Luc Moudenc est en pré-campagne électorale : après «Toulouse 2030» il y a quelques mois, c’est maintenant la présentation d’un projet urbain à l’horizon 2040 et le dévoilement des lauréats de l’appel à projet «Dessine-moi Toulouse», le tout à grands renforts de moyens municipaux. La machine à communiquer est en marche pour vendre du rêve aux Toulousain(e)s et on en oublierait presque que Monsieur Moudenc a géré la ville ces 5 dernières années ... Et que la réalité de son bilan est beaucoup moins chatoyante que ses visions couchées sur papier glacé.
La réalité de ce bilan, ce sont les choix d’urbanisme faits depuis 2014 avec l’absence totale de projet global, de vision et d’ambition pour notre ville. Tout est fait au coup par coup, au gré des opportunités, sans stratégie et cohérence. On a ainsi vu émerger une multitude de projets sans lien entre eux, sans vision articulée. Dans la plupart des cas les concertations menées n’ont pas influé sur les projets, ce qui démontre que la prise en compte de la parole citoyenne ne s’évalue pas au nombre de réunions publiques organisées. Elle est pourtant indispensable pour se fixer des objectifs ambitieux et cohérents en matière d’équipements publics, d’habitat, d’usage partagé de l’espace public, de commerce et d’activités. Les projets de l’école Toulouse Business School (TBS), de Brouardel-Europe ou encore de la Tour Occitanie en sont la triste démonstration. 

La réalité de ce bilan, c’est un Plan local d’urbanisme intercommunal (PLUi-H) qui ne répond pas aux grands défis auxquels notre ville est confrontée : augmentation de la démographie, mobilités, lutte et adaptation face au changement climatique, lutte contre la pollution de l’air, prix des logements. Sans mise en cohérence entre l’urbanisation et les projets de transports, l’asphyxie de Toulouse et de ses habitants dans les embouteillages continuera, générant pollution et perte de temps. Or cette mise en cohérence est insuffisante dans ce PLUi-H, comme l’a relevé la Mission de l’Autorité environnementale dans son avis, en pointant l’ouverture à l’urbanisation de nouvelles zones sans garantie préalable de desserte en transports en commun. Nous constatons également que les recommandations d’interdiction de construire ou de restrictions dans les secteurs soumis à des pics de pollution récurrents n’ont pas été prises en compte dans ce PLUi-H ou ont été reportées, de même que les recommandations pour limiter l’augmentation de population dans les zones soumises aux nuisances aériennes.

La réalité de ce bilan, c’est également un seuil d’obligation de réalisation de logements sociaux dans les nouvelles constructions relevé à 2'000 m². Dans le centre, ces logements sont déjà cantonnés aux parties les moins qualitatives des nouveaux programmes. De plus, le refus de la majorité d’expérimenter le dispositif d’encadrement des loyers risque d’alimenter une hausse des prix au détriment de la mixité sociale. Le projet de Monsieur Moudenc est-il de faire de Toulouse une ville réservée aux plus riches ? Enfin la «densité modérée», concept fumeux cher au candidat Moudenc en 2014, fait son grand retour dans la bouche du (bientôt) candidat Moudenc en 2019 ... Mais dans la réalité, ce PLUi-H semble vouloir surtout accompagner les appétits de certains opérateurs privés. Et face à la forte croissance démographique le défi de la densité ne peut être éludé, pour freiner l’étalement urbain, faciliter l’accès aux transports en commun, aux équipements et aux services publics, et permettre une meilleure mixité sociale.

Cela suppose un dialogue authentique avec la population, bien plus exigeant que les semblants de concertations menées ces dernières années. La multiplication des contestations de projets urbains dans de nombreux quartiers de notre ville montre que les Toulousain(e)s ne sont plus dupes du fossé entre les réalisations du Maire de Toulouse et les numéros d’illusionniste du candidat à sa réélection !

François Briançon, Isabelle Hardy, Pierre Lacaze, Antoine Maurice

article-update-date 06/05/2019