Portes et fenêtres #8 Des ouvertures dans tout leur état !
Avec les Archives municipales, l'Atelier du patrimoine et l'Office de tourisme, partez chaque mois, à la découverte du patrimoine toulousain. Ce mois-ci : les fenêtres de l'immeuble 21 rue Saint-Rome, un décor rococo. 

Une façade caractéristique du milieu XVIIIe siècle


La rigueur de la façade héritée du siècle précédent se maintient : les baies sont bien alignées, l'effet de symétrie se voit renforcé, les décors de bossage (imitant la pierre de taille) également, tandis que l'alternance brique et pierre, plébiscitée au XVIIe siècle, disparaît. Les grandes arcades se développent, ouvrant sur des boutiques dans les rues commerçantes. Les étages sont de hauteur décroissante : l'étage noble, au 1er, ouvrant sur les pièces de réception, est éclairé par de hautes fenêtres segmentaires, forme privilégiée du début du XVIIIe siècle. Ici, elles sont même soulignées d'une corniche en saillie, créant des jeux d'ombres et de lumières sur la façade. 

 

< Élévation antérieure du 21 rue Saint-Rome. Phot. Friquart, Louise-Emmanuelle ; Krispin, Laure, Région Occitanie – inventaire général / Toulouse Métropole / Ville de Toulouse, 2005, IVR73_05311596NUCA

 

 

Le décor des baies : sculpture et ferronnerie rococo

Élévation antérieure du 61 bd Carnot, détail des étages et des bow-windows. Phot. Friquart, Louise-Emmanuelle ; Krispin, Laure, Région Occitanie – inventaire général / Toulouse Métropole / Ville de Toulouse, 2011, IVC31555_20113101223NUCA.


Le XVIIIe siècle introduit dans l'architecture un retour aux ornements que le XVIIe siècle avait progressivement abandonné. Le sommet des baies est orné de têtes sculptées, représentant des êtres fantastiques, nymphes et dieux de l'Antiquité, auxquels se mêlent les saisons ou encore les âges de la vie. Ici, ce sont de délicates figures féminines qui décorent les arcades du rez-de-chaussée. Au 1er étage, une guirlande de fleurs prend place entre la fenêtre et sa corniche, tandis qu'un motif de drapé fait le lien entre les deux niveaux. La ferronnerie est également de grande qualité : deux feuilles déployées encadrent un vase en tôle repoussée, au milieu d'un décor géométrique, tel que l'aimera la fin du siècle. 

< Élévation antérieure du 21 rue Saint-Rome, détail d'une fenêtre segmentaire. Phot. Friquart, Louise-Emmanuelle ; Krispin, Laure, Région Occitanie – inventaire général / Toulouse Métropole / Ville de Toulouse, 2005, IVR73_05311597NUCA

 

 

Évolution vers des formes plus classiques

Élévation antérieure du 35 rue de Metz, détail du bow-window. Phot. Friquart, Louise-Emmanuelle ; Krispin, Laure, Région Occitanie – inventaire général / Toulouse Métropole / Ville de Toulouse, 2011, IVC31555_20113100627NUCA.


À partir des années 1770, les courbes sont remplacées par des formes rectangulaires, en accord avec le goût pour les motifs géométriques hérités de l'Antiquité classique qui se fait jour dans la société française. Des frises aux dessins réguliers et rectilignes (grecques, vagues, rinceaux ou palmettes) se mêlent aux formes sinueuses du rococo, avant de prendre définitivement le pas sur ces dernières, donnant naissance au style néoclassique. 

< Élévation antérieure du 21 rue Saint-Rome, détail d'un mascaron. Phot. Friquart, Louise-Emmanuelle ; Krispin, Laure, Région Occitanie – inventaire général / Toulouse Métropole / Ville de Toulouse, 2005, IVR73_05311600NUCA

 

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Portes et fenêtres #7 Des ouvertures dans tout leur état !
Chaque mois, partons à la découverte du patrimoine toulousain avec les Archives municipales et l'Office de tourisme. En 2017, focus sur les portes et fenêtres : des ouvertures dans tous leurs états ! Ce mois-ci, l'oriel ou bow-window, une structure ancienne remise au goût du jour.

Photo ci-dessus : élévation du 6, rue Peyrolières, détail. Photo Friquart, Louise-Emmanuelle, 2017, nc Voir sur Urban-Hist

L'oriel ou bow-window, une structure ancienne remise au goût du jour

Encorbellement aménagé sur un ou plusieurs niveaux d'une façade, l’oriel ou bow-window redevient un élément architectural très prisé à partir de la fin du XIXe siècle et ce, jusque dans les années 1940. Présent au moins dès l'époque médiévale, dénommé logette ou échauguette, c’est le développement de l’architecture balnéaire et régionaliste qui redonne à cette structure ancienne une nouvelle vie où le pittoresque est le principal effet recherché. À Toulouse, l'oriel est présent dans l’architecture éclectique, de style Art nouveau ou Art déco. Cependant son plus grand succès dans la construction locale date des années 1920/1940 durant lesquelles il est décliné autant sur les immeubles que sur les maisons individuelles des faubourgs.

…offrant des matériaux variés…

Élévation antérieure du 61 bd Carnot, détail des étages et des bow-windows. Phot. Friquart, Louise-Emmanuelle ; Krispin, Laure, Région Occitanie – inventaire général / Toulouse Métropole / Ville de Toulouse, 2011, IVC31555_20113101223NUCA.


Certains architectes comme Barthélémy Guitard n’hésitent pas à jouer sur la redondance et les variations qu’offre ce type d’élément. En effet, sur l’immeuble du 61 boulevard Carnot, ce sont deux bow-windows montant sur trois niveaux qui animent la façade. Toutefois, au lieu de proposer une symétrie parfaite, le maître d’œuvre a déséquilibré légèrement son élévation en choisissant des matériaux différents pour ces structures, le métal et la pierre. `

< Élévation antérieure du 61 bd Carnot, détail des étages et des bow-windows

 

…et apportant plus de confort

Élévation antérieure du 35 rue de Metz, détail du bow-window. Phot. Friquart, Louise-Emmanuelle ; Krispin, Laure, Région Occitanie – inventaire général / Toulouse Métropole / Ville de Toulouse, 2011, IVC31555_20113100627NUCA.


Les formes des bow-windows varient également. Ils peuvent être semi-circulaires, rectangulaires ou à pans coupés comme sur l’immeuble Art nouveau du 35 rue de Metz. Cet édifice propose la forme typique de l’oriel où la partie vitrée est prépondérante. Généralement associé à la pièce principale (salon ou salle à manger) dont il prolonge l'espace intérieur, il amène un peu plus de lumière dans les logements et offre une meilleure vue sur la rue ou le jardin. 

< Élévation antérieure du 35 rue de Metz, détail du bow-window

 

 

 

 

 

 

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Portes et fenêtres #5
Chaque mois, partons à la découverte du patrimoine toulousain avec les Archives municipales et l'Office de tourisme. En 2017, focus sur les portes et fenêtres : des ouvertures dans tous leurs états ! Ce mois-ci, Les mirandes de l'hôtel d'Astorg. 

Les mirandes, particularités de l'architecture méridionale

Ce mot désigne les petites fenêtres en arcade placées au dernier niveau de certaines maisons toulousaines. Alignées sur toute la largeur de la façade, elles servaient à aérer ou à éclairer des greniers ou galeries hautes, sans que l'on sache si elles étaient fermées ou non. De même qu'il s'agit d'une particularité de l'architecture méridionale, dont on retrouve quelques exemples sur le pourtour méditerranéen, de l'Italie à l'Espagne, le mot « mirande » est spécifique au midi et d'un usage récent. Les contrats de maçon anciens les appellent « arvoutz » ou « arquades ». Ce n'est qu'à la fin du 19e siècle qu'apparaît le terme « mirande ». En occitan, miranda désigne un belvédère ou un lieu élevé d'où l'on peut observer les alentours, tout comme l'espagnol mirador, dont la racine est la même.

Une forme caractéristique du 17e siècle

Les mirandes font leur entrée dans l'architecture toulousaine au début du 17e siècle. L'hôtel d'Astorg au 16 rue des Changes en conserve une belle série, surmontant une élévation datée de la 1re moitié du 16e siècle. Ce dernier niveau fait partie d'une campagne de construction postérieure, allant de pair avec les escaliers et galeries en bois de la cour, typiques des formes architecturales du 17e siècle.
Pour peu qu'on lève les yeux, les mirandes sont visibles sur une soixantaine d'édifices dans le centre ancien, on peut notamment en voir au 16 place du Parlement, sur une façade datée de 1647.

Élévation antérieure du 16 rue des Changes. Phot. Daniel Molinier / Ville de Toulouse, 2003.

Disparition et renaissance

A la fin du 17e siècle, les mirandes disparaissent du vocabulaire architectural toulousain pour revenir en force au début du 20e siècle dans la vague du régionalisme. Daté des années 1920-1930, l'immeuble situé au 2 place Saint-Sernin ouvre ses mirandes face au musée Saint-Raymond. Un peu plus tard, en 1950, l'architecte Jean Valette les utilise dans son extension de l'hôtel Dahus rue Ozenne pour le Crédit Agricole. Un des exemples les plus réussis de réutilisation des mirandes se trouve sur l'immeuble ouvrant sur la place des Carmes, construit en 1960 sur les plans de l'architecte Michel Desbiaux. Formes imposées par l'architecte de la ville, tout comme l'utilisation de la brique, les mirandes s'intègrent dans une élévation jouant sur la dissymétrie et les contrastes de couleurs entre la brique et le béton.

Vue d'ensemble du 18 rue des Prêtres, à l'angle de la place des Carmes. Phot. Friquart, Louise-Emmanuelle ; Krispin, Laure, Région Occitanie – inventaire général / Toulouse Métropole / Ville de Toulouse, 2006,  IVC31555_06310469NUCA.

 

Photo en haut : Détail des mirandes du 16 place du Parlement. Phot. Friquart, Louise-Emmanuelle ; Krispin, Laure, Région Occitanie – inventaire général / Toulouse Métropole / Ville de Toulouse, 2006,  IVC31555_07310421NUCA.

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Portes et fenêtres #6 Des ouvertures dans tout leur état !
Chaque mois, partons à la découverte du patrimoine toulousain avec les Archives municipales et l'Office de tourisme. En 2017, focus sur les portes et fenêtres : des ouvertures dans tous leurs états ! Ce mois-ci, Le portail de l'hôtel d'Orbessan de briques et de pierre au 11 rue Mage. 

photo : Le château de Laréole,la façade nord-ouest. 2016. Par Didier Descouens – Travail personnel, CC BY – SA4.0.

Un décor sculpté tout en finesse...

Construit vers 1652 pour Bernard Daignan, conseiller au parlement, cet hôtel présente sa belle façade sur la rue Mage. L'entrée se fait par un grand portail permettant le passage des carrosses, signe ostensible de richesse et d'un certain mode de vie. La forme des fenêtres, l'alternance brique/pierre et la corniche à dents d'engrenage ancrent cet édifice dans son temps. 

Au 16e siècle et à son exubérance, succède un 17e siècle plus sobre, où la sculpture est présente par petites touches. Le portail concentre l'ensemble du décor sculpté : une frise de rinceaux toute en délicatesse est supportée par des figures engainées ornées de grotesques. Deux vases de fleurs soulignent la verticalité des consoles au-dessus de la corniche.

Élévation antérieure du 11 rue Mage, détail du portail. Phot. Friquart, Louise-Emmanuelle ; Krispin, Laure, Région Occitanie – inventaire général / Toulouse Métropole / Ville de Toulouse, 2006,  IVC31555_20113100040NUCA.

 

… se mariant aux jeux de couleurs de la brique et de la pierre

Le décor est avant tout donné par la polychromie induite par l'alternance des brique et des pierres sur les encadrements du portail et des fenêtres. Cette bichromie est caractéristique de l'architecture du 17e siècle et se retrouve sur de nombreuses façade d'édifices de cette époque : l'hôtel de Chalvet place du Parlement ou encore l'hôtel de Rabaudy de Paucy Grande-Rue Nazareth. Cette alternance, présente uniquement sur les ouvertures, semble être une évolution d'ensembles entièrement polychromes. On peut voir cette composition dans la cour Henri IV de l'hôtel de ville, dont les plans sont donnés au tout du début du 17e siècle par Pierre Souffron, ou encore au château de Laréole, construit en 1579 par Dominique Bachelier, chef d’œuvre de ce parti pris décoratif.

Le Capitole, cour Henri IV. Phot. Nin Patrice. Ville de Toulouse, direction de la communication, 2013. RTN13.102.04

Fortune et prospérité du motif

Souvenir ancien de l'architecture romane, visible sur le chevet de Saint-Sernin, remontant elle-même à l'architecture byzantine et romaine, l'effet de relief induit par l'opposition entre les bandes de brique et de pierre perdure au 17e siècle sur les encadrements des ouvertures, puis finit par disparaître. On le retrouve toutefois dans quelques exemples de l'architecture toulousaine postérieure. Guillaume Cammas, au milieu du 18e siècle rappelle ce motif sur la nouvelle façade du Capitole. Au début du 20e siècle, l'usine hydroélectrique du Ramier rappelle cette alternance avec des assises de briques enduites pour imiter la pierre. Puis à la fin du 20e siècle, c'est l'architecte Alain Sarfati qui réinterprète l'alternance des lignes horizontales de brique et de pierre sur la façade du théâtre de la Cité (TNT) également évoquée par Robert Venturi pour le conseil départemental.

Le théâtre de la Cité, Alain Sarfati architecte. Photo. Friquart, Louise-Emmanuelle ; Krispin, Laure, Région Occitanie – inventaire général / Toulouse Métropole / Ville de Toulouse, 2011,  IVC31555_20113101246NUCA.

Le château de Laréole, la façade nord-ouest. 2016. Par Didier Descouens – Travail personnel, CC BY – SA4.0. https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=47793626

Pour en savoir plus :

  • L'hôtel d'Orbessan 
  • avec les Archives municipales de Toulouse sur Urban-Hist, le patrimoine toulousain à la carte  portail cartographique et base documentaire sur le patrimoine toulousain, consultable sur ordinateur, tablette ou smartphone.
  • Toute l'année, l'office de tourisme propose de découvrir le patrimoine toulousain à travers ses visites guidées

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