Les mystérieux sarcophages des Comtes de Toulouse
Tirés de leur sommeil millénaire pour être restaurés et étudiés, les sarcophages situés dans une niche funéraire de la basilique Saint-Sernin (l'enfeu des Comtes de Toulouse), ont beaucoup à nous apprendre sur l’histoire médiévale de Toulouse. 

Trois sarcophages ont fait l’objet de fouilles archéologiques : l’un en 1989 (voir encadré ci-dessous), et deux dans le courant du mois d’avril 2021 sous la supervision du service régional de l’archéologie et de la direction du Patrimoine de Toulouse Métropole.

Une histoire perturbée

L’ouverture minutieuse de la lourde chape de marbre des Pyrénées du 3e sarcophage datant de l’ère paléochrétienne a révélé en son centre un empilement d’ossements humains et… animaux.
Cela n’a pas surpris les scientifiques qui savent que ces sarcophages ont déjà été ouverts à plusieurs reprises dans le passé pour y rassembler des restes funéraires provenant de cimetières ou d’autres sépultures. Une histoire perturbée comme en témoigne aussi l’étonnante réparation avec des briques et du ciment de tout un pan latéral de la cuve qui avait dû s’effondrer, une intervention datée du XIXes
Tous ces éléments sont autant d’indices que les archéologues vont passer au crible pour tenter de percer les mystères de ces sarcophages antiques réutilisés au haut Moyen Age. 

Des secrets millénaires à l’épreuve de technologies de pointe

C’est maintenant une véritable enquête policière qui s’ouvre pour faire parler ces indices visibles et invisibles grâce aux techniques d’investigation les plus récentes. 
Datation des ossements au carbone 14 et profilage ADN, recherche de traces de pollens, analyse des insectes retrouvés, chaque strate de sédiments sera minutieusement analysée dans l’espoir d’y trouver aussi des fragments de tissus, voire de cheveux ou de dents.
Répertoriés et analysés par les scientifiques, ces indices devraient livrer de précieuses informations sur l’identité des personnes inhumées, leur généalogie, mais aussi de mieux comprendre leur condition de vie, leur environnement, leur habitudes alimentaires, les maladies qu’ils ont contractées, la cause de leur décès.
A la façon d’un puzzle, chaque découverte pourrait lever un coin du voile sur l’histoire de Toulouse autour des Xe et XIe s. 
Les historiens ne manqueront pas de confronter ces nouvelles données à leurs connaissances pour vérifier si l’inscription en latin sur le couvercle de ce 3e sarcophage - « Ici repose Pons [Poncius] Comte de Toulouse » - est avérée… 

Que vont devenir les sarcophages ?

Au terme des recherches scientifiques et des opérations de restauration des sarcophages, se posera la question du devenir de ces sépultures.
Seront-elles exposées dans un musée, replacées à l’intérieur de la basilique ou à l’extérieur dans leur enfeu d’origine, des copies seront-elles présentées en lieu et place des originaux ?
Si toutes ces pistes restent à explorer, une volonté commune apparait d’ores et déjà pour préserver le lien fort qui existe entre ces sarcophages et la basilique Saint-Sernin. 
Le maire de Toulouse, Jean-Luc Moudenc, présent lors de l’ouverture du 3e sarcophage, a suggéré la piste d’une ré-inhumation en bloc, sur place, des restes de la famille comtale, à l’exemple de ce qui a été fait pour Diane de Poitiers ou Edouard III d’Angleterre. 

Assistez en vidéo à l’ouverture du 3e sarcophage

Avec les explications et les commentaires de: 

  • Laure Barthet, directrice du Musée Saint-Raymond
  • Jean-Luc Moudenc, maire de Toulouse, président de Toulouse Métropole
  • Pierre Pisani, directeur du service de l'inventaire patrimonial et de l'archéologie de Toulouse Métropole

 

Ce mystérieux Comte de l’An Mil

Des quatre sarcophages abrités dans l’enfeu de Saint-Sernin, le plus imposant, dit « de Guillaume Taillefer », a été ouvert en 1989 à l’occasion de fouilles préventives en présence du maire de l’époque, Dominique Baudis.
Les recherches avaient alors mobilisé une quarantaine de spécialistes (historiens du haut Moyen Âge, archéologues, conservateurs spécialistes de l’histoire des textiles anciens…).
Si elles ont permis de faire avancer significativement les connaissances du monde de l’An Mil, elles ont aussi révélé que les ossements retrouvés dans le sarcophage n’étaient pas ceux de Guillaume III de Toulouse, dit Taillefer, (mort en 1037), comte de Toulouse, d’Albi et du Quercy. La sépulture a donc été rebaptisée comme étant celle du Comte de l’An Mil.

> Pour en savoir : retrouvez l'article paru en p. 24 du A Toulouse n°73 : "Dans le premier sarcophage"