Sciences et techniques #4 La quincaillerie Girard, rue Saint-Antoine du T.

En 2018, partez chaque mois, à la découverte du patrimoine toulousain des sciences et techniques avec les Archives municipales, l'Atelier du patrimoine et l'Office de tourisme. Ce mois-ci, la quincaillerie Girard rue Saint-Antoine du T.

L'art de la fonte

Le fer, obtenu en chauffant des roches contenant le minerai, est connu depuis la préhistoire. Martelé par un forgeron, il sert à fabriquer de petits ustensiles, armes ou outils. Il est peu à peu utilisé dans la construction, allié au bois ou à la pierre, sous la forme d'agrafe ou de tirant, renforçant la solidité des structures.
Le fer forgé se retrouve également dans tout ce que l'on définit sous le terme de serrurerie : grilles de défense, targettes, charnières, verrous, mais aussi éléments décoratifs pour les balcons et autres garde-corps. Son emploi se généralise au XIXe siècle, grâce aux progrès de l'industrie. Chauffé à très haute température dans de hauts-fourneaux, le minerai de fer se transforme en fonte. Liquide à sa sortie du four puis très dure et cassante, elle ne peut être forgée. Elle est donc moulée ; les pièces ainsi obtenues, assemblées, sont d'abord utilisées pour les charpentes puis pour toute l'ossature d'un bâtiment, cachées dans un premier temps sous des matériaux traditionnels, comme à la halle aux grains place Dupuy, où toute la structure métallique est dissimulée par une maçonnerie de brique et galet.

 

La fonte d'art

Détail de la façade. Phot. Friquart Louise-Emmanuelle, Krispin Laure - Ville de Toulouse ; Toulouse Métropole ; Inventaire général Région Occitanie, 2018, IVC31555_07311451NUCA_P.

 

< Détail de la façade. Phot. Friquart Louise-Emmanuelle, Krispin Laure - Ville de Toulouse ; Toulouse Métropole ; Inventaire général Région Occitanie, 2018

 

Le XIXe siècle voit également le développement de la fonte décorative : les grandes fonderies de Haute-Marne diffusent des catalogues présentant de nombreux motifs de grilles, d'impostes, de garde-corps. Ces produits séduisent la clientèle bourgeoise des villes qui les multiplient sur les immeubles qu'elle fait construire à l'occasion des grands travaux d'urbanisme qui marquent la 2e moitié du XIXe siècle.
Ces usines fournissent également des modèles de statues, fontaines ou réverbères qui envahissent l'espace urbain.
Les places Salengro et Olivier sont ainsi ornées de fontaines provenant des fonderies du Val d'Osne. Ces grandes entreprises diffusent leurs productions grâce à un réseau de dépositaires dans les grandes villes, des magasins spécialisés dans la vente de produits métallurgiques et d'outillages : les quincailleries.

 

 

 

La quincaillerie Girard

 


Maison Girard Frères, quincaillerie, fer, fonte, 5 rue Saint-Antoine-du-T.>
Carte postale, voyagée en 1908. Ville de Toulouse, Archives municipales

 

 

 

Bas-relief en terre cuite évoquant le travail du fer. Phot. Friquart Louise-Emmanuelle, Krispin Laure - Ville de Toulouse ; Toulouse Métropole ; Inventaire général Région Occitanie, 2018, IVC31555_07311449NUCA.

 

< Bas-relief en terre cuite évoquant le travail du fer. Phot. Friquart Louise-Emmanuelle, Krispin Laure - Ville de Toulouse ; Toulouse Métropole ; Inventaire général Région Occitanie, 2018

Le magasin des Frères Girard est reconstruit en 1882 en affichant sur sa façade un véritable catalogue d'ornements en fonte. Impostes, garde-corps, lambrequins, antéfixes, tout un foisonnement de volutes, de rinceaux, de feuillages et de fleurs habillele mur. A l'intérieur aussi le métal est mis en valeur : les huit poteaux soutenant les galeries de l'entresol sont bien visibles. Entre les baies de la boutique, des bas-reliefs en terre cuite représentent de manière allégorique le travail du fer : sur l'un, des angelots martèlent le métal tandis qu'un autre actionne un soufflet oxygénant le four. Il est surmonté d'une figure masculine accompagnée d'un marteau, que l'on peut sans doute rapprocher d'Héphaïstos, le dieu grec du feu, du fer et des forgerons. Alliance de l'art et de l'industrie, les ornements en fonte, tout comme ceux en terre cuite, au-delà de « l'ambition de paraître de la classe moyenne », peuvent aussi être le reflet d'une certaine démocratisation de l'art et de l'architecture, « faisant des palais de ces maisons ».

 

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