Série "Regards sur". Sciences et techniques. Une voix dans la ville

La cloche est un instrument universel à fort pouvoir symbolique. Sa longue portée acoustique est utilisée dans toutes les civilisations et religions pour communiquer, aussi bien avec les hommes qu'avec les dieux.  

Photo ci-dessus : Avant restauration des cloches de la basilique Notre-Dame de la Daurade, détail d'un décor

Un message subtil


< Chantier Notre-Dame la Daurade, restauration du clocher. Détail des cloches avant leur dépose.

C'est l'épaisseur de la cloche, sa taille et sa forme qui permettent d'émettre une note spécifique. Elle est produite par un marteau ou un battant. La combinaison de ces notes, leur rythme et la puissance du tintement évoquent la joie et la légèreté, la gravité, la tristesse, la solennité,  le malheur et même la catastrophe. 

Les cloches ont toujours eu un rôle particulier, aussi bien profane que sacré, adapté aux communautés qui les utilisent. 
Les sociétés rurales traditionnelles les emploient pour protéger le bétail, appeler la pluie ou éviter l'orage et la foudre ; les religieux choisissent des timbres profonds pour recentrer la pensée et favoriser la médiation ; pour les marins, elles transmettent les informations techniques, signalent les quarts. Ce moyen de communication très diversifié complète la voix, le sifflet, les tambours et trompettes…
Dans les villes de l'occident médiéval, les cloches civiles informaient des assemblées, des délibérations ou des exécutions capitales, fêtaient l'arrivée d'un dignitaire ou prévenaient de l'approche d'un ennemi.  
Les sonneries des nombreux couvents et églises de Toulouse cadençaient les heures et le temps de travail, invitaient à la prière, annonçaient les grandes fêtes. Les hôpitaux ou le Palais de Justice avaient aussi leurs cloches, tout comme l’université. L'ensemble de ces sons constituaient un code parfaitement identifiable et un moyen de communication extrêmement complexe. 

Une connaissance immémoriale

Pour obtenir une note juste, le profil de la cloche doit être maîtrisé, la qualité du métal et ses proportions minutieusement contrôlées, l’accordage précis. Pour cela, les cloches sont le plus souvent fondues en atelier, mais auparavant, elles étaient réalisées en public, sur le parvis des églises. Cette opération va avoir de nouveau lieu lors des Journées du Patrimoine, le 15 et 16 septembre 2018, sur le quai de la Daurade. Trois cloches vont ainsi naître, destinées à la basilique Notre-Dame la Daurade.   

La plus grosse, 225 Kg jouera le Do #, la cloche de 115 Kg sera Fa # et plus petite, 52 Kg, donnera le La #. Ainsi, les toulousains pourront entendre de nouveau les cloches de la basilique marquer la mesure du temps, informer, animer le quartier et jouer notamment  "La Toulousaine", le chant historique de la Ville Rose qui inspira Claude Nougaro pour son "Toulouse !" Cette mélodie qui influença le chanteur était initialement un hymne à la Vierge.

Une alchimie complexe

Pour fondre une cloche, il faut tout d'abord créer son modèle en terre, aux dimensions et épaisseurs de la future réalisation et compte-tenu de la note souhaitée. Les décors en cire ainsi que les noms des parrains ou Fonte d'une cloche - Maison Paccarddes donateurs, sont positionnés sur ce modèle. Un noyau, en terre également, est placé dans la partie intérieure et creuse de la fausse cloche.
On forme ensuite une chape solide qui va constituer le moule. Après une cuisson au four, la fausse cloche est retirée, tout en maintenant le noyau, ce qui formera le creux intérieur. Le métal, un alliage composé de 22% d'étain et 78% de cuivre, chauffé à 1 180 °C peut alors être coulé dans cette forme. Lorsqu’il s'agit de cloches d'églises, il est fréquent que les prêtres bénissent ce métal et consacrent le travail des hommes qui réalisent cette œuvre complexe. 
Après refroidissement, la chape est cassée - décochage- et laisse apparaître la cloche qui est ensuite polie et ciselée. L’accordage a lieu en atelier, en retirant de fines épaisseurs à l’intérieur de la robe.   Lors de la création d'une cloche d'église, une cérémonie de bénédiction est organisée, durant laquelle un nom est lui attribué. Les 3 nouvelles cloches de la Basilique Notre-Dame la Daurade évoquent l'histoire de notre ville et s'appellent Mariae Dauradae, Benoit (fondateur de l'ordre des bénédictins qui édifia le monastère de la Daurade) ainsi que Garona. Elles portent chacune un vers de la Toulousaine et ont été acquises par financement participatif.  


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