La cartoucherie : un lieu stratégique de l'histoire toulousaine et française

Dans le cadre des Journées du patrimoine 2019, l'association des Anciens de la Cartoucherie organise dimanche 22 septembre  des visites de l'atelier M2, appelé Halles de la Cartoucherie. L'occasion de poser un autre regard sur le quartier de la Cartoucherie.

 

Journées du patrimoine 2019

En concertation avec Cosmopolis, l'association des Anciens de la Cartoucherie organise le dimanche 22 septembre 2019 des visites de l'atelier M2 (appelé Halles de la Cartoucherie). Visites prévues à 10h00 - 12h00 - 14h00 - 15h30 et 17h00.
A 11h00, une lecture théatralisée du roman Les Insurrections Singulières d'après Jeanne Benameur sera également proposée par Les Point Nommées.


Les usagers du tramway peuvent distinguer à l'arrêt Casselardit, derrière la mairie de quartier de grands bâtiments industriels, vestiges des anciens ateliers de fabrication d’éléments de munition de la cartoucherie de Toulouse. Datant de 1917, ces deux halles vont être transformées en un Tiers-lieu au cœur du futur écoquartier.
Aujourd'hui, ils sont plus de 230 anciens salariés à se retrouver au sein de l’association des anciens de la Cartoucherie de Toulouse. Leur objectif principal :  assurer un travail mémoriel sur le passé de ce lieu stratégique.

Un petit groupe d'anciens collègues devenus amis nous conduit dans l'atelier qui a abrité leur premier pas de jeunes diplômés avant qu'ils ne deviennent des professionnels aguerris attachés à leur « usine ».
La halle d'une superficie de 7600 m2 garde sur ses piliers les traces de leur vie quotidienne : des numéros qui correspondent aux étapes de la chaîne de fabrication. Les souvenirs remontent, la nostalgie les étreint teintée de tristesse. C'est en décembre 2005 en effet que l'activité cessera sur le site mettant fin à la longue histoire de la Cartoucherie toulousaine née en 1876 !

L'histoire de la Cartoucherie

En 1792, un parc d’artillerie et un atelier de construction sont créés pour les besoins de l’armée des Pyrénées au centre de Toulouse, à l’emplacement de l'ancien couvent des Chartreux. Le site du Polygone, avenue de Grande Bretagne est utilisé comme champ de tir pour effectuer des essais mais aussi pour l’entraînement de l’École d'Artillerie qui y implante quelques bâtiments.
En 1876, l'Arsenal est contraint de s’agrandir et va construire sur le lieu du Polygone une Cartoucherie d'étuis métalliques capable de fabriquer 200 000 cartouches par jour. En 1879, une explosion à l'Arsenal fait une vingtaine de victimes et précipite la décision de déménager l'activité pyrotechnique.
En 1911, la Cartoucherie prend officiellement le nom d’Atelier de fabrication de Toulouse et l'ensemble de l'activité est progressivement transférée sur ce lieu situé à l’ouest de Toulouse.
La guerre de 1914-1918 donne une nouvelle expansion à l’établissement qui emploie plus de 15 000 personnes pour fabriquer des obus et leurs emballages.

 

Dans l’entre deux guerres, surgissent de terre de nouveaux ateliers de chargement, un atelier central, un atelier d’outillage de cartoucherie et deux douilleries de petit calibre.

Libéré de l’occupation allemande en août 1944, l’établissement reprend la fabrication de munitions de petit calibre (7,5 mm).

En 1957, la Cartoucherie produit alors annuellement près de 24 millions de cartouches courtes et 14 millions de cartouches longues. Les effectifs atteignent 2 000 personnes.


Un centre de formation, comptabilisant plus de 400 élèves, forme les ouvriers et techniciens nécessaires non seulement au développement de l’établissement mais aussi à tous ceux de l'armement terrestre. L’après-guerre voit naître cependant des difficultés et les activités se diversifient : mécaniques, emballage, ferroviaire, aéronautique…
C’est à partir de 1980 que l'électronique prend son véritable essor. En 1991, l'établissement de Toulouse (ATE) devient le Centre Électronique de Toulouse (CTO) rattaché au groupe GIAT Industries.

Que reste-t-il aujourd'hui de ce site  industriel ?

Deux bâtiments : dans le langage des anciens, ce sont le 121 et le 128.
Ce sont ces deux bâtiments surnommés les halles qui vont devenir un tiers lieu : 
la poudrière (jardin du Barry)
la tour de séchage de parachute et quelques bâtiments alentours
certains bâtiments de l’école (aujourd’hui ICAM)
les jardins ouvriers rue Roquemaurel pour les personnels de la cartoucherie

 

 

Un village dans la ville

 

En 1966, la Cartoucherie c'est :

  • 1 800 personnels (ouvriers, cadres et administratifs)
  • +  de  2 000 machines
  • 15,5 km de routes,
  • 6,5 km de voies ferrées,
  • 82 hectares de terrain,
  • 295 bâtiments,
  • Un bloc médical, une école et une imprimerie
  • 160 047 m2 de surfaces couvertes
  • 2 châteaux d’eau
  • 13 km de canalisation
  • 1 bloc médical

Les cloches de l'arsenal

 

Le règlement intérieur du parc d'artillerie de Toulouse précise que les entrées et sorties se font au son de la cloche. 

Alain, Jean-Claude, Robert se rappellent qu'à leur époque, c'était la sirène qui rythmait leur journée : 
un coup c’étaient les femmes enceintes et les personnes en situation de handicap qui sortaient,
au deuxième coup, c'étaient les salariés en vélo
et au troisième coup, ceux en voiture !

 

 

 

Le recueillement 

10 cartouchiers sont inscrits sur les plaques du monument aux morts construit au sein du site.


Trois cartouchiers sont morts pour la France dans le cadre de la grande guerre.
Gabriel Eugène Franc, Germain Irénée Gaurel et Marius Treil : leur nom est gravé sur le monument aux morts de Toulouse situé au cimetière de Salonique et inscrit sur le livre d'or de la ville de Toulouse.


Sept autres cartouchiers sont décédés lors du second conflit mondial. Parmi eux, Jean Guimera, André Savès  et Roger Sicre, indissociables.
En novembre 1942, l’Allemagne nazie envahit la « zone libre » et le potentiel productif de la Cartoucherie de Toulouse tombe entièrement aux mains des allemands.

Nombreux alors sont les salariés qui réagissent en participant activement à plusieurs réseaux de Résistance. 

Certains se spécialisent dans le renseignement, eux choisissent l’action en adhérant à la 3402e Section des Francs-Tireurs et Partisans Français (FTPF), seul groupe de résistance armée formé dans l’établissement. Dès lors, ces trois camarades d’atelier auront un destin semblable : ils travailleront ensemble, résisteront ensemble, et seront arrêtés ensemble. Dirigés vers Compiègne , ils feront partie du convoi n°240, tristement baptisé "train de la mort". Ils ne reviendront pas.

André Elie Savès , enfant du quartier

André Elie Savès

Né le 17 mars 1925 à Toulouse, André Elie Savès a grandi dans le quartier de Saint-Simon et de Patte d'Oie où il est scolarisé.

C'est à 15 ans qu'il rejoint l'école d'apprentissage de la Cartoucherie « Promotion 1940 » pour devenir ajusteur. En 1943, âgé de 18 ans, il choisit la résistance. C'est sur dénonciation qu'il est arrêté au retour de son travail, le soir du 11 juin 1944, au domicile de ses parents. Déporté au camp de Dachau, André Elie Savès sera envoyé au Komando de travail de Flossenbourg où il périra le 7 janvier 1945, à l'aube de ses 20 ans.

Marcel Labroue, Jules Pujol, Jean Dubourdieu, Jean Barutel sont morts en captivité.

Le monument aux morts a malheureusement été détruit quand le site a été désaffecté. Celui-ci sera reconstruit par la mairie dans le nouveau quartier, à proximité du bâtiment 121 et du groupe scolaire Geneviève Anthonioz De Gaulle.


Plus d'infos sur le site de l'association des anciens de la Cartoucherie de Toulouse


Le saviez-vous ?

Les habitants du quartier utilisent une salle de réunion dénommée salle du Barry.
Savez-vous qu'elle était la vocation de cette salle lorsque la cartoucherie était en activité ?
La salle du Barry était à l'origine l’une des poudrières de la cartoucherie ou plus exactement le lieu où était stockée la poudre destinée à remplir les douilles pour confectionner les cartouches. C’est en 1872 que celle-ci a été créée, munie de volets blindés, d'une toiture non fixée et entourée de murs de terre destiné à prévenir les risques en cas d'explosion.

 

Toutes les photos publiées sur cette page appartiennent à l'association des anciens de la Cartoucherie.