Secrets de quartier Quand l’hôpital de La Grave accueillait les pestiférés
L'équipe de Toulouse.fr vous propose de poser un autre regard sur vos quartiers à travers des balades patrimoniales, sous la houlette de "passeurs de passions". Le professeur Jacques Frexinos nous amène à la découverte de l’hôpital Saint-Joseph de La Grave, quartier Saint-Cyprien.

Jacques Frexinos, Professeur émérite à la faculté de médecine de Toulouse, ancien chef de service de gastro-entérologie du CHU de Toulouse a reçu toulouse.fr et a avoué vivre dans l’histoire :  il la déguste au quotidien comme une gourmandise ! Président  de la  commission du patrimoine historique du CHU de Toulouse, le Professeur est également un membre actif de l’association des Amis de l’Hôtel-Dieu et de Saint-Joseph de La Grave.

Une plongée dans la fabuleuse histoire de Toulouse

Président pendant dix ans des "Toulousains de Toulouse", il reste aujourd’hui responsable de la rédaction du journal mensuel de l’association, L’Auta, et poursuit ses recherches sur l’histoire de Toulouse. « Fabuleuse, incroyable et tellement riche ! L'histoire des Hommes, de la société, avec ses malheurs et bonheurs, et Jacques Frexinos de nous emmener dans une farandole d’anecdotes, qui humanisent l’histoire ».  Aujourd’hui, il  nous conte celle de l’hôpital Saint-Joseph de la Grave 

Des graviers de la Garonne à l’hôpital Saint-Sébastien…

« Mentionné dès 1197 dans une charte de Raimond VI, l’hôpital de La Grave a été pendant longtemps un petit hôpital de quartier construit sur les graviers de la Garonne, d’où son nom.
Après la première épidémie de peste, en 1348, le "fléau de Dieu" va pendant les quatre siècles suivant, frapper régulièrement la ville et provoquer selon la gravité des épidémies entre 10 à 40 % de décès dans la population, 
explique Jacques Frexinos. La Grave devient officiellement l’hôpital de la peste au XVIe siècle ; il prend le nom d’Hôpital Saint Sébastien, surnommé par les Toulousains, l’hôpital des épidémies ou "las infirmerias". Pour isoler les malades pestiférés, des lieux de quarantaine sont créés dans le champ de Bourrassol, le pré des Sept-Deniers et plus tard sur la colline de Terre-Cabade qui n’avait pas encore sa vocation de cimetière…  La dernière épidémie de peste à Toulouse se terminera en 1653. »

L’Hôpital général du Grand Renfermement 

« Associées aux malheurs climatiques, la disette parfois la famine sont fréquentes à l’époque, induites par les guerres et les soudards, qui ravagent les campagnes, chassent les paysans vers les villes et augmentent ainsi la mendicité et le vagabondage, explique-t-il. La Grave devient en 1647 alors l’Hôpital général du Grand Renfermement afin d’accueillir et de renfermer les centaines de gueux qui errent dans la ville. On emprisonne les mendiants, les voleurs et les prostituées, mais aussi les "fous" qui ne sont pas considérés comme de véritables malades ! Ces mesures sont d’abord policières pour rétablir l’ordre dans les rues toulousaines mais aussi charitables vis-à-vis des plus faibles afin de nourrir et éduquer les enfants abandonnés et les orphelins, leur apprendre un métier et secourir les vieillards démunis. Ainsi, près la Révolution, La Grave s’agrandit et devient le grand orphelinat et le grand hospice de Toulouse.

L’annexion du couvent des Dames de la Porte, jouxtant la rue Réclusane, va doubler la superficie de l’hôpital devenu l’Hospice de Bienfaisance de Toulouse. Parallèmement nait la psychiatrie "moderne" avec les travaux de Pinel et ceux d’Esquirol : en 1834 un asile pour les aliénés est crée au sein de l’hôpital La Grave, suivi en 1858 par l’ouverture de l’asile départemental de Braqueville, futur hôpital Marchand.»

(photos ci-contre : CHU Toulouse)

Le développement des services hospitaliers

« En 1889, le service maternité quitte l’hôtel Dieu pour s’installer à La Grave, la clinique de Gynécologie et d’obstétrique avec l’Ecole des Sages-femmes voit le jour, suivie en 1891 de celle de la clinique Neurologique. Avec la construction du très moderne "Centre Régional contre le Cancer" (1924) rebaptisé ensuite "Centre Régional anticancéreux" (CRAC), La Grave va accueillir la radiothérapie et la curiethérapie. Le CRAC se transforme en Institut Claudius Regaud (ICR) en 1974 avant d’être transféré à l’Oncopole pour rejoindre l’Institut Universitaire du Cancer de Toulouse (IUCT) en 2014. La médicalisation de l’Hôpital va se poursuivre jusqu’en 1960 », ajoute Jacques Frexinos.

L’hôpital La Grave aujourd’hui

En mai 2019, le CHU de Toulouse a installé sur une surface de 4000 m2, la Cité de la santé. C’est un lieu de prévention et d’éducation thérapeutique des patients qui regroupe aussi la permanence d’accès aux soins de santé (PASS), le centre de santé sexuelle, l’espace régional d’éthique d’Occitanie et la prévention de la dépendance (gériatrie, dépistage des fragilités, consultations mémoire, dépistage de la maladie d’Alzheimer, éducation thérapeutique). Ces services sont regroupés autour de la cour de la Maternité, entièrement rénovée, en particulier avec ses arcades datant du XVIIIe siècle. Elle accueille des activités de soin, le service de pédopsychiatrie, le centre de ressources autisme, le centre de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie Maurice Dide et le centre médico-psychologique (CMP) adultes.

Bientôt un parcours patrimonial

Aujourd’hui, monument emblématique de la ville, la chapelle Saint-Joseph de La Grave est l’élement le plus récent des différentes cours formant le carré historique.  

« C’est en 1845, le 14 mars, précise Jacques Frexinos que la nouvelle chapelle de La Grave est solennellement bénie et dédiée à Saint-Joseph de la Bonne Mort, tandis que le dôme était terminé en 1846, après presque un siècle de construction ! »  
La mairie de Toulouse en assure aujourd’hui la gestion et a entrepris sa rénovation . En septembre 2021, lors des journées européennes du patrimoine, la chapelle ouvrira ses portes au public. Un parcours patrimonial lui sera proposé. Au sein de la chapelle, les visiteurs découvriront l’histoire de l’hôpital et son évolution au fil des siècles. Ils pourront visiter virtuellement les différents bâtiments du site, et faire la rencontre de personnages clé qui ont traversé son histoire.



Prémice d’une évolution future du site de la Grave, la ville de Toulouse a implanté une liaison piétonne permettant de relier le pont Saint Pierre au jardin Raymond VI. Cette liaison ouvre le site et permet aux Toulousains de le découvrir en son sein.

Dans le respect de son histoire et de son rayonnement, des réflexions sont actuellement  en cours avec les habitants du quartier Saint-Cyprien et le CHU. Ces dernières permettront au site de La Grave d’évoluer dans ses fonctions afin de s’inscrire pleinement dans une dynamique qui a fait sa renommée, celle de la solidarité et de l’intérêt général.      

 


Pour aller plus loin dans la découverte

Balades patrimoniales # 3

Une balades patrimoniales N°3

Cette troisième édition des balades patrimoniales de Toulouse Métropole pointe son regard sur Saint-Cyprien. Au gré de ces balades, découvrez 18 lieux emblématiques de ce quartier des plus vivants et promis à un bel avenir, dans le sillage de la réhabilitation du quai Viguerie et de l'ouverture aux Toulousains du site de l'ancien hôpital de La Grave.

Télécharger le plan-guide de la balade #3 (format pdf)