Les quartiers de l'Hers : un riche passé industriel et agricole

Membre des amis du Vieux Toulouse, Alain Le Pestipon se consacre depuis plus de 30 ans  à l'histoire de son quartier  de la vallée de l'Hers : Jolimont-Soupetard-Roseraie- La Gloire-Gramont-Amouroux. Il nous en dévoile quelques secrets !

« Je vous accueille dans ma maison à loyer modéré, annonce  avec un large sourire Alain Le Pestipon. J'habite le quartier depuis 1962, précise-t-il, avec des collègues, agents des postes nous avons acheté 75 000 m2 de terrain pour construire des maisonnettes et nous y loger. Il n'y avait que des champs à l'époque. Le plan de 1885 est en quelque sorte l'acte de naissance de ces quartiers toulousains de la vallée de l'Hers qui ne possédaient que quelques maisons. À cette époque, la partie ouest de la colline du Calvinet (aujourd'hui, St-Sylve, Marengo, la Gloire) y apparaît déjà bien urbanisée avec tout un réseau de nouvelles rues, des églises, des écoles

Aux XVIIIe et XIXe siècles, les habitants étaient essentiellement des ruraux qui allaient à la ville vendre leur production. Les noms des lieux témoignent d'ailleurs de cette histoire rurale : La ferme de la Mensuisière ou celle de Soupetard , « la métairie pauvre où il fallait travailler dur et souper tard ! »

Des usines au quartier Amouroux

Quelques cheminots, artisans, ouvriers allaient déjà travailler en ville. Certains travaillaient sur place à l'usine Amouroux.

«C'est en 1925 que l'usine installée au Pré Catelan (en haut des allées Jean Jaurès actuelles)  décide de s'agrandir et déménage hors du centre ville sur un terrain de 25 ha en bordure de la voie ferrée Toulouse Albiexplique Alain Le Pestipon.On put y construire une usine bien plus grande et la raccorder à la voix ferrée et à la route d’Albi par un chemin privé, l'actuel chemin Amouroux. On fabrique toutes sortes de matériels pour les agriculteurs, surtout de grosses machines tractées et actionnées par des chevaux : rateleuses, faneuses, faucheuses, moissonneuses, lieuses et,  gloire de l'entreprise, des moissoneuses lieuses plus complexes le tout sous la marque "hirondelle". On y compta dans les années 30 jusqu'à 800 ouvriers, avec une production de plus de 7000 machines par an. »

Mais la guerre de 1939 ralentit la production et l’usine dut travailler pour les allemands sous l'occupation. C'est dans les années 60 qu'elle ferme ses portes.

A sa place des immeubles furent construits, la cité Amouroux était née.

En 1964, ce nouveau quartier fut inclus avec celui de la Roseraie et alentour, dans une nouvelle paroisse (Saint-André) qui fut pourvue d'une église en 1971 et d'un clocher en 1989 !

Aujourd’hui, ne subsiste de l'usine Amouroux frères que deux halles, reliées par un bâtiment en hauteur. L’une des deux halles, à la structure en bois, est aujourd’hui utilisée par les ateliers des costumes du Théâtre du Capitole à des fins de buanderie et de dépôts. Le théâtre exploite également la « tour de montage », de 12 m de haut, qui reproduit la scène du théâtre du Capitole pour la révision et la réparation des décors d’opéra. Ce bâtiment fait partie de l'appel à projets urbains innovants "dessine-moi Toulouse" que la mairie a lancé, soit 11580 m2 à  réhabiliter.

L'histoire du quartier fut également marqué par la présence de l'usine aéronautique Latécoère au bas de la rue de Périole (à côté de la place Roseraie) installée sur le site de l'importante briquetterie-tuilerie Borie-Chanal, créée au milieu du XIXème siècle. On peut citer également le Centre d'Essai Aéronautique de Toulouse qui a fonctionné entre 1936 à ces dernières années.

halle

Vue de la halle extérieure Amouroux. Préparation du décor de  l'opéra"Casse Noisette"

Les maisons toulousaines


Pour répondre aux besoins de la population  dans les années 30-35, l’office public des  habitations à bon marché de Toulouse construit les cités jardins.

Elles sont toujours présentes notamment rue Louis Plana et donnent un petit air nostalgique au quartier.

 

 

 

Un environnement naturel

 

Au bord de l'Hers, la zone à tendance marécageuse formée d'alluvions récentes est évoquée par le nom de Juncasse, du fait des joncs qui y prospéraient. C'est aujourd'hui la zone verte des Argoulets.

Le saviez-vous ?

Argoulets est le surnom donné à de méchants voisins par analogie avec les soldats mercenaires de ce nom et de mauvaise réputation.

 

 

 

 

 

Jean Rème, Baignade au bord de l’Hers crayon noir et crayon de couleurs sur papier, 1932

 

Interdite aujourd'hui, la baignade et la pêche y étaient monnaie courante comme en témoigne cette toile de Jean Réme réalisée en 1928 et exposée au musée du Vieux Toulouse.

 

Jean Rème, Baignade au bord de l’Hers crayon noir et crayon de couleurs sur papier, 1932 © Musée du Vieux-Toulouse   7 rue du May Toulouse

 

 

Un quartier marqué par la résistance

Le chemin de Soupetard actuelle rue Louis Plana fut aménagé peu avant 1885. Louis Plana, né au quartier de Bonhoure en 1909 déménage après son  mariage à La Juncasse. Il fut menuisier, ébéniste puis employé municipal de l'octroi. Il s'est illustré comme résistant. Arrêté lors de la rafle à l'imprimerie des frères Lion, rue Croix-Baragnon, le 4 février 1944, il fut déporté et mourut en déportation.

Au 22, rue Joseph le Brix, une  plaque énumère les noms des 7 jeunes résistants qui y furent arrêtés puis fusillés le 28 juin 1944.


Pour poursuivre la découverte 

Retrouvez les articles d'Alain Le Pestipon dans la revue "l'Auta" publiée  par les amis du Vieux Toulouse

 

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