Secrets de quartier. Ponts-Jumeaux Comment Pierre-Paul Riquet a transformé le quartier ?

L'équipe de Toulouse.fr vous propose de poser un autre regard sur vos quartiers à travers des balades patrimoniales, sous la houlette de "passeurs de passions". Milomes et Emile Graoutesèque nous guident à travers le quartier des Ponts-Jumeaux. En route !

C’est le canal latéral à la Garonne, terminé en 1850 qui est à l’origine de deux quartiers toulousains, les Sept-Deniers rive gauche et les Ponts-Jumeaux rive droite. Toulouse.fr s’est intéressé à l’histoire des Ponts-Jumeaux, à travers les souvenirs de Milomes et Emile Graoutèsegue. Qui se cachent sous ces pseudonymes aux forts accents occitans ? 

C’est en 1950 que Milomes ouvre les yeux dans la maison construite des mains de son grand-père, située boulevard de Suisse. « Coiffeur dans le quartier St Agne, mon grand-père avait acheté un terrain sur le site d’un ancien dépôt de la briqueterie Roques et il consacrait tous ses week-ends aux travaux. Enfant, j’ai beaucoup déménagé au rythme des mutations de mon père, militaire et dans les années 1970, je suis revenu m’y installer. Pourquoi Milomes ?, poursuit-il d’une voix empreinte d’émotion. C'est le surnom donné par ma grand-mère, un Milomes était une sorte de dandy local du début du siècle.»

L’histoire d’Emile Graoutesègue, le copain de Milomes est elle aussi empreinte de beaucoup d’émotion et d’une pointe de nostalgie. Emile vit dans la maison de ses arrière grands-parents. Il y cultive l’histoire comme un jardin fleuri et durant les deux mois de confinement, ses fans se sont régalés du feuilleton historique publié quotidiennement dans la newsletter du comité de quartier. A deux voix, Milomes et Emile nous content l’histoire de leur quartier.

Le kilomètre zéro du canal du Midi

Aujourd’hui, le quartier des Ponts-jumeaux forme un triangle délimité par le canal latéral, la rue Chaussas et le boulevard de l’Embouchure.

« Au moyen âge, il n’était qu’une vaste lande marécageuse aux portes de la ville. Le Comte de Toulouse, Alphonse Jourdain, confie en 1147 ses terres aux Capitouls qui la louent pour sept deniers d’or par an à des éleveurs de la cité, raconte Emile. 
Il faudra attendre les années 1660 pour que cette terre se transforme sous l’impulsion de Pierre-Paul Riquet avec les travaux de creusement du canal Royal. Le kilomètre zéro débute au milieu de cette lande.

En 1681, le canal est inauguré et les premières barques parties du port de Sète arrivent à Toulouse. 

En 1765 débute le creusement du canal de Brienne. En 1775, François Lucas sculpte le bas-relief en marbre de Carrare : l’allégorie représente au centre la province du Languedoc désignant la direction de la mer océane à relier par un nouveau canal. En 1776 le port de l'Embouchure est achevé, le canal de Brienne inauguré. En 1789 le Canal Royal devient Canal du Midi. »

Photo Les Ponts Jumeaux et l'Ecluse - Edition : Neurdein - (Paris) - Mairie de Toulouse, Archives municipales - 9Fi2128 - 155.

Un grand site industriel

« L’arrivée de la batellerie transforme progressivement cette lande en site industriel avec la construction d‘usines, et Emile de les lister la manufacture des tabacs, allée de Brienne ; l’usine à gaz, rue du Béarnais ; l’arsenal, boulevard Armand-Duportal, les ferronneries du Midi boulevard de l’Embouchure ;  et les usines pétrolières boulevard de Suisse.
Dans les années 1850, le comte Brettes-Thurin, propriétaire d'un domaine dans le secteur du Béarnais entre le canal du Midi et le canal Latéral, transforme ses terres en lotissement pour loger les employés de ses sites industriels :  la "Société des Cités Ouvrières et Industrielles de Toulouse" est créé. Son objectif ? permettre à toute personne laborieuse d'acquérir une maison avec ses économies. Ainsi sont nées les premières ventes à crédit de biens immobiliers. Pour une coquette maison de quatre pièces avec jardin, le prix était de trois mille trois cents francs, 
ajoute Emile, le salaire d'un ouvrier était d’ environ 4.5 francs et celui d'une ouvrière, 3 francs par jour.Jusqu'en 1875 près de cinq cents maisons seront construites. »

Le quartier connaîtra aussi en 1934 la création d’une société aéronautique dans les locaux des Magasins Généraux, le hall Saint-Eloi sous l’impulsion d’Emile Dewoitine, ancien chef de fabrication chez Latécoère.

Le berceau du rugby toulousain

 

« En 1907, une association "Les amis du stade Toulousain" achète un terrain dans le quartier des Ponts-Jumeaux. La grande histoire du club commence. À partir de 1912, devant les bons résultats de l’équipe souvent invaincue, un surnom lui est attribué : "la vierge rouge", de la couleur de son maillot », raconte Emile.

« A la mi-temps des matches, les messieurs urinaient tous en ligne dans le canal. C'était une sorte de rite initiatique pour les petits garçons ! », ajoute Milomes.

 

 

Les loisirs nautiques

« Le quartier est propice aux balades sur l’eau avec des bateaux-mouches et aux concours de pêche pour les "pescofi", explique Emile. La guingette du "petit robinson" est à la mode et là si vous le souhaitiez, vous pouviez appeler Kiki et vous traversiez Garonne sur son bac, tenu par un câble, pour éviter de vous faire emporter par le courant. Il s'appelait Eugène Laballe. Jusqu'en 1958, il pouvait faire passer jusqu'à 80 personnes depuis les Ponts-Jumeaux jusqu'à Casselardit, sur la rive gauche.» Et Milomes de poursuivre : « à partir des années soixante, notre quartier se transforme radicalement. C’est la fin du transport des marchandises sur les canaux qui peu à peu s’ouvrent au tourisme fluvial. Une partie historique du port de l’Embouchure va disparaître pour laisser la place au boulevard périphérique.

 

C’en est fini également pour le stade Ernest Wallon des Ponts-Jumeaux.
Il sera transféré dans le quartier des Sept-Deniers.  Les vestiges du mur de l’octroi sont remplacés par le boulevard de Suisse. Les usines métallurgiques ont disparu, remplacées par la ZAC des Ponts-Jumeaux et ses cinq mille habitants ».

 

 


Milomes et Emile Graoutesègue : personnages réels ou fictifs ?

Ces passeurs passionnés d'histoire sont bien réels !  Il s’agit respectivement de Gérard Coulon, président du comité de quartier depuis 2019 et de Claude Marquié, vice-président.

C’est le grand-père de Gérard Coulon qui dans les années 50 est à l’origine de la création du comité de quartier. « Je me rappelle, je devais avoir une dizaine d’années ; j’assistai aux réunions du comité de quartier qui se tenait dans la salle de séjour de la maison.»

Aujourd’hui le comité de quartier des Ponts Jumeaux réunit  136 adhérents. La newsletter compte 500 abonnés.

 

 


Les prochains rendez-vous

  • 25 septembre : repas de quartier et lancement du film de promotion du marché de producteurs 
  • 26 septembre : rencontre dans le quartier autour d'une pause café
  • 27 septembre : vide-grenier

Pour aller plus loin dans la découverte

Urban-Hist, portail du patrimoine toulousain

Le site de l'office de tourisme de Toulouse

Les pages histoire du journal à Toulouse à consulter au format.pdf