Secrets de quartier Quand Bellefontaine abritait des cressonnières
L'équipe de Toulouse.fr vous propose de poser un autre regard sur vos quartiers à travers des balades patrimoniales, sous la houlette de "passeurs de passions". Cette semaine, Jean Sauvage nous présente le quartier de Bellefontaine. En route !

« Originaire de Boulogne sur mer, j’étais professeur au lycée de garçons de Calais et je suis arrivé en 1968 à Toulouse. Avec ma famille nous avons vécu quelques années dans le quartier de La Faourette avant de nous installer en 1972 dans la toute nouvelle résidence des Mûriers à Bellefontaine, un ensemble de maisons mitoyennes en copropriété. Nous étions parmi les premiers acheteurs ! se rappelle Jean Sauvage. Et nous y sommes toujours ! »
Quelques mûriers en lisière de résidence signent l’espace, rappel nostalgique d’une ancienne allée d’arbres de la même essence, qui conduisait au château de Campagne, détruit dans les années 1960.  

Des mémoires empilées à préserver

Des marqueurs historiques qui n’ont pas échappé à l’ancien professeur d’histoire et de géographie du collège de Bellefontaine. Jean Sauvage a, avec ses élèves, étudié la configuration du quartier, sa géographie, son histoire et son évolution. Une évolution dont il a été un témoin attentif. « Aujourd’hui, explique-t-il, il y a trois Bellefontaine : l’historique jusqu’aux années 60, le résidentiel, c’est-à-dire ce qui reste des bâtiments construits par l’équipe Candilis entre 1966 et 1972 et le moderne avec le métro, le centre commercial et des bâtiments nouveaux. Ces mémoires empilées ne doivent pas mourir », confie-t-il .

Investi dans la vie associative depuis sa retraite, Jean Sauvage est aujourd’hui membre du bureau de la Régie de quartier et continue à œuvrer pour garder cette mémoire et la transmettre aux jeunes générations. « C’est pour contribuer à garder cette mémoire que j’ai écrit le livre "L‘histoire du quartier de Bellefontaine" publié en 2008  par l’association Quartier 31, aujourd’hui disparue. C’est  également dans ce même souci de transmission que j’ai  souhaité collaborer avec les services municipaux afin de réaliser des panneaux historiques installés dans le petit bois. »

Quelles sont les  limites du quartier aujourd’hui ?

  • Au nord, le chemin Lizop, qui le sépare du quartier mitoyen de Reynerie. Les rires des enfants jouant dans le parc de Clerfont, récemment aménagé attirent l’ attention. Ses grands arbres cachent au regard le domaine de l’infirmerie, ancien château de Clerfont qui abrite aujourd’hui le tiers lieu de Bellefontaine.
  •  Au sud, l’avenue Einshenhower
  • A l’ouest,  le vieux chemin de Lestang, au pied duquel court une longue coulée verte de grands arbres et au-delà l’avenue du Mirail
  • Et à l’est, le quartier de Lafourguette. « C’est ici que commence l’histoire de Bellefontaine, avec le domaine du château de Bellefontaine, anciennement Campagne du nom de son propriétaire, Jean Campagne, banquier toulousain de la rue des changes. Ce domaine est resté dans la mémoire des anciens le poumon vert de Lafourguette. Des parcelles agricoles l’entouraient avant qu’en 1958 elles ne soient intégrées dans la zup du Mirail.»

 

Le château et l’aqueduc romain

« Le château était une bâtisse simple avec un étage et un toit de tuiles. Un perron regardait vers l’est, un autre plus petit regardait vers le nord. Les pierres de ces perrons ont été posées comme les fauteuils d’un jardin public dans son ancien parc, devenu aujourd’hui le petit bois, espace verdoyant et fleuri au printemps, agrémenté de jeux d’enfants. Par un escalier encore visible aujourd’hui, on pouvait atteindre le pigeonnier qui, sur la terrasse, dominait le château. À la base de ce pigeonnier du XIXe siècle une entrée voûtée permettait de voir l’aqueduc romain souterrain. L’eau était captée et envoyée jusqu’à un lavoir dissimulé sous les frondaisons », poursuit Jean Sauvage. 

Et de raconter le souvenir recueilli auprès d’un témoin de l’époque.

« Dans le hall du château, le visiteur pouvait admirer une très jolie fontaine en faience de couleur : une femme nue grandeur nature portait une cruche sur l’épaule et laissait couler l’eau dans une vasque en forme ovale. Cette fontaine était alimentée par l’eau de l’aqueduc. Ce dernier d’origine gallo-romaine emmenait l’eau depuis Monlong jusqu’au centre de la Tolosa Antique. Reconnu et étudié par l’abbé Baccrabère lors des premiers chantiers de la ville nouvelle, il a été localisé par radar par le service archéologique de Toulouse Métropole. Il est sous terre à 90 cm et la voute a disparu.»

 

Des cressonnières au petit bois

 

« Le château possédait également une ferme qui dans les années 40 étaient gérés par une une famille d’origine italienne. Les métayers avaient 2 garçons, Antoine et Paul, et M Floucart se souvient avoir gardé les oies avec ses deux camarades à l’emplacement de l’ancienne place Tel Aviv.

Vers 1945, on pouvait voir des vignes, des champs de luzerne, de céréales et des prairies de chaque côté du petit bois, ainsi que des exploitations maraîchères, notamment des cressonnières qui bénéficiaient de la présence d’une eau abondante.

Deux prises d’eau encore visibles aujourd’hui entre les deux pigeonniers alimentaient un vivier, l’eau se dirigeait ensuite vers l’est dans un étang entouré d’arbres que les concepteurs de la ZUP de Bellefontaine ont gardé, près de la piscine. L’eau de l’étang se perdait ensuite dans les joncs d’un pré à l’emplacement de l’actuel Centre Culturel Alban Minville.»

 

A Bellefontaine, on trouve deux pigeonniers un du XIXe siècle, l'autre du XVIIIe siècle.

 

 

 

Le regard de Jean Sauvage glisse ensuite vers une barre d’immeubles qu’il embrasse d'un seul coup d'œil. 

 

« Ce sont des immeubles avec appartements traversants, explique-il, les habitants bénéficient ainsi d’une vue sur la rue et de l’autre côté une vue sur un espace verdoyant avec arbres et jeux d’enfants. Des bâtiments liés entre eux, en son centre, une dalle piétonnière convergeant vers les commerces et le centre culturel et sportif construits eux même sur la dalle, cet ensemble a disparu aujourd’hui. Un quartier donnant la priorité aux piétons pour la grande joie des enfants.»

Jean Sauvage nous a offert en partage le regard d’un témoin de la construction de ce premier quartier du Mirail, dont il  « défend son originalité architecturale ».

 


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